Après plusieurs officiers supérieurs de l’armée et ancien responsables et Ministres, ça été le tour de l’actuel gouverneur de la ville de Conakry, Sékou Resco Camara d’être inculpé par une poule de juge d’instruction.
Nous vous proposons l’intégralité du texte parvenu à notre rédaction  à  ce sujet venant de la FIDH. Lisez plutôt
Dans l’instruction ouverte en mai 2012 à la suite d’une plainte de la FIDH et de l’OGDH, Sékou Resco Camara a été inculpé et longuement entendu le 14 février.


Conakry, Paris, Nairobi, le 15 février 2013 – La FIDH et son organisation membre en Guinée, l’OGDH, se félicitent de cette avancée importante dans l’enquête judiciaire concernant des faits de torture commis à Conakry en octobre 2010. Cette procédure avait été ouverte à la suite d’une plainte conjointe, aux côté de 17 victimes constituées parties civiles, déposée le 18 mai 2012 contre le commandant Sékou Resco CAMARA, le général Nouhou THIAM, ancien chef d’état-major et le commandant Aboubacar Sidiki « De Gaulle » CAMARA, ancien chef de la garde présidentielle.

«  Avec l’inculpation du gouverneur de Conakry pour des faits d’une très grande gravité, la justice guinéenne envoie un signal important dans la lutte contre l’impunité », a déclaré Souhayr Belhassen, président de la FIDH. « L’ouverture de l’enquête en mai 2012 et l’audition de l’ensemble des parties civiles, avaient donné aux victimes l’espoir de voir la justice rendue. L’inculpation d’un haut responsable présumé est une nouvelle étape cruciale dans cette quête de justice » a-t-elle ajoutée.

Faisant suite à la plainte de la FIDH et de l’OGDH déposée devant le tribunal de première instance de Dixinn (Conakry II), le Procureur de la République avait ouvert une enquête le 29 mai 2012, notamment pour «arrestation illégale, séquestration, coups et blessures volontaires, abus d’autorité, crimes et délits commis dans l’exercice de ses fonctions ». En octobre 2010, selon les informations transmises à la justice, des éléments de la garde rapprochée du Président par intérim de la transition auraient arrêté et détenu arbitrairement plusieurs individus et les auraient soumis à des actes de torture en présence et suivant les instructions de M. Sékou Resco Camara, du Général Nouhou Thiam, et du Commandant Aboubacar Sidiki Camara dit De Gaulle.

« De mémoire de défenseur des droits de l’homme en Guinée, jamais une procédure pour des faits si graves impliquant de hauts responsables militaires n’avait été instruite si rapidement. C’est une très bonne nouvelle, porteuse d’un message fort : nul n’est au-dessus de la loi, pas même les forces de l’ordre », a déclaré Thierno Maadjou Sow, président de l’OGDH.

Pour Me Patrick Baudouin, responsable du Groupe d’action judiciaire (GAJ) et président d’honneur de la FIDH, « La mise en cause de M. Camara, qui bénéficie de la présomption d’innocence et qui va désormais pouvoir se défendre dans cette procédure, est une première étape : d’autres responsabilités doivent maintenant être établies, y compris à des niveaux inférieurs de la hiérarchie, afin d’achever l’instruction et d’aboutir à un procès juste et équitable dans un délai raisonnable ».

Toutefois, en raison des fonctions occupées par M. Camara, qui dispose notamment d’une importante escorte composée d’éléments du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA) et de sa précédente condamnation par le Tribunal de première instance de Kaloum (Conakry I), le 30 novembre 2011, pour « empiétement de l’autorité administrative sur l’autorité judiciaire », nos organisations sont préoccupées par le risque d’interférence avec la procédure judiciaire. En conséquence, nous appelons le gouvernement guinéen à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le bon exercice et la sérénité de la justice, assurer la sécurité de ses acteurs et en particulier du magistrat instructeur en charge de l’enquête.

En faisant de 2013 l’année de la justice, le Chef de l’État guinéen a pris un engagement fort dans le sens de l’instauration d’un État de droit respectueux des libertés fondamentales, qu’illustrent cette avancée judiciaire, mais aussi les récentes déclarations du gouvernement, par la voix du Ministre des droits de l’Homme et des libertés publiques, dénonçant la pratique de la torture et des traitements inhumains et dégradants, en particulier dans les lieux de détention.

La FIDH et l’OGDH, par ailleurs engagées aux côtés des victimes dans deux autres affaires concernant les massacres du 28 septembre 2009 et les répressions de janvier et février 2007, veulent croire que ces procédures connaîtront prochainement des évolutions significatives, afin de poursuivre cet effort de justice, de mettre fin à la culture de l’impunité et de s’engager pleinement sur la voie de la réconciliation nationale.

 
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