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Usant de la méthode Coué, les autorités burkinabè s’évertuent à présenter l’incident de la présidence de la République du samedi dernier, comme un événement des plus ordinaires. Or, il n’en est pas un. Quand un soldat, même frustré par sa radiation, réussit à s’introduire dans l’enceinte du palais de la présidence, à faire exploser le groupe électrogène qui fournit la lumière et qu’il ose même échanger des tirs avec la garde présidentielle, ce n’est plus un incident comme tout autre… Ce genre d’incident doit, dans les conditions normales, faire l’objet d’une analyse approfondie et objective. Le chef de l’Etat qui était potentiellement la cible devrait notamment s’interroger sur les failles du système sécuritaire qui l’entoure. Au-delà, il doit même faire une introspection afin de se demander, si le geste de ce soldat n’est pas quelque part le chant du cygne.

 

Dans le cas qui nous concerne, ce travail de réflexion, le président Blaise Compaoré devrait d’autant plus le faire, que son long règne, est de plus en plus vécu comme un fardeau pour de nombreux concitoyens. Hélas, il semble refuser de voir la réalité en face. Mais attention au réveil brutal !

Face à l’attaque du soldat Romuald, la présidence burkinabé a tout d’abord eu une réaction empreinte d’une certaine panique. C’est ainsi que les autorités ont initialement annoncé que la rupture de l’électricité, était consécutive à l’explosion du groupe électrogène. Sur ce point, elles n’avaient visiblement pas tort. Mais en même temps, on a appris qu’elles n’ont pas eu la sérénité requise pour poser un diagnostic fiable.

Autrement, elles auraient su que cette même explosion était le fait d’un assaillant qui a eu la témérité de cibler la présidence de la République. Mais elles étaient manifestement préoccupées par le fait de donner le plus tôt possible des informations rassurantes. Quitte à révéler les failles du système.

Cette précipitation à diffuser l’information ainsi que la panique qui en est la cause réelle sont révélatrices du manque d’assurance qui caractérise le règne du président Blaise Compaoré. Tout médiateur sous-régional qu’il est, le chef de l’Etat burkinabé sait qu’il ne fait pas l’unanimité dans son propre pays. Il sait notamment que beaucoup de ses compatriotes en ont marre de 26 ans de règne. Ils aimeraient enfin goûter à l’expérience de l’alternance politique dans le cadre d’une gouvernance. Tout cela, le chef de l’Etat burkinabé le sait à travers toutes les manifestations auxquelles il fait face depuis désormais deux ans. Des manifestations hostiles qu’il a étouffées à coups de « répressions chirurgicales ». En conséquence, il sait que son pouvoir ne repose plus que la crainte qu’il inspire. Un dernier verrou qui n’est pas loin de sauter.

En effet, il est à préciser que dernièrement, c’est l’opposition burkinabé dont on sait qu’elle brille particulièrement  par son dynamisme et ses capacités d’initiatives, qui avait mobilisé du monde contre la mise en place du sénat. Dans un tel contexte, l’attaque de Romuald ne peut être que le dernier des avertissements que Blaise Compaoré se refuse d’écouter. Une sérieuse introspection politique s’impose, car les manifestations estudiantines, les mutineries, les manifestations populaires contre le pouvoir de Blaise sont autant de signaux rouges qui exigent un stop dans le pilotage à vue du capitaine de Ouaga.

Source: GuineeConakry 

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