Partager

Né en 1980 à Conakry, Dr Facinet Conté est diplômé de l’université Cheick Anta Diop de Dakar où il  a décroché le 7 décembre  2013 son doctorat en ECONOMIE sur le thème : « Les déterminants de la compétitivité dans le secteur manufacturiers ; cas des pays de l’UEMOA ».

De la 11è promotion du PTCI, programme de troisième cycle interuniversitaire basé à Ouagadougou, il est depuis 2007, enseignant -chercheur à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia où il assume aujourd’hui les fonctions du Directeur des programmes d’Economie à la faculté des sciences économiques de la même université. Nous l’avons rencontré pour parler des problèmes de l’enseignement en général et de l’enseignement supérieur en particulier.
 Parlant d’abord de son doctorat, Dr CONTE soutien que dans un contexte de mondialisation, seuls les plus compétitifs réussiront à tirer leur épingle du jeu. Il dira que  l’analyse des déterminants de la compétitivité constitue une problématique majeure pour les économies en développements. Les pays africains étant pour la plupart de petites économies ouvertes, doivent être conscients du fait qu’une augmentation des exportations est un préalable pour une croissance solide et durable. Un tel résultat  dépend non seulement d’une forte expansion des exportations, mais aussi d’une diversification plus poussée, c’est-à-dire le remplacement d’activités à faible valeur ajoutée (telles que l’exportation de produits de base non transformés) par des activités à plus fortes valeur ajouté.
En ce qui concerne la Guinée son pays, l’enseignant -chercheur  affirme que le pays est confronté à de nombreuses difficultés économiques. Entre autre problème, il y a l’inflation (qui est toujours à deux chiffres), un déficit commercial qui s’aggrave, un franc guinéen qui se déprécie par rapport aux devises étrangères…, Il dira que c’est bon stabiliser, mais l’action phare  pour renverser cette tendance, c’est de soutenir nécessairement la production nationale., Dr Conté regrette que tout ce qui est consommé en Guinée vienne de l’étranger,  il affirme que ce sont des centaines de millions de dollars qui partent ainsi chaque année chez les autres. Ce qui appauvrit du coup la Guinée et les guinéens au profit des autres.
Pour ce qui est des universités guinéennes,  son premier constat à son arrivée en 2007,  a été que la plupart des enseignants-chercheurs à l’époque étaient des  maitrisards. Et comme tout début, ça n’a pas été facile pour lui  puisqu’ en Guinée, on n’aime pas souvent ceux qui sont venus de l’étranger. A propos, l’intégration a été  par moment très difficile. Mais  de nos jours, la tempête est passée puisqu’il est Directeur des programmes d’Economie à la faculté des sciences économiques de l’université. Il en a profité pour remercier du fond du cœur, ceux qui l’ont facilité l’intégration. C’est le cas de son ami Kader Diakité qui l’a encouragé à revenir au pays et son  doyen de Faculté,  Dr Amadou Oury Koret Bah.
Très vite, le jeune enseignant -chercheur à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia s’est rendu compte que les infrastructures ne tiennent pas, la formation des formateurs presque inexistante, la gestion des universités pas autonome,  encore moins indépendante par rapport au pouvoir public, les cadres sont nommés par l’administration alors que sous d’autres cieux, ils sont élus par le vote de leurs collègues enseignant –chercheurs. Et comme résultats,  pas de rigueur et tous les ingrédients sont réunis pour une formation au rabais.
Les enseignants –chercheurs ne sont pas dans des conditions requises pour faire de la recherche. Le prestige des universités américaines dit-il, c’est la recherche. Ce qui n’est pas le cas en Guinée. L’Etat selon Dr Facinet CONTE doit  investir dans la recherche, cela permettra non seulement de faire avancer la science en Guinée, mais aussi d’offrir des services de conseils  aux décideurs publics et privés.
Il estime également que venir à l’université trois fois par semaine n’est pas une bonne chose. Aussi, la migration au système LMD selon lui n’a vraiment pas été bien mûrie avec des programmes incohérents, pas de mesure d’accompagnement, pas de bibliothèque pour les étudiants. Et ce qui est grave dans tout ça, plus de la moitié des étudiants reçue en première année ne savent pas ce que c’est que l’outil informatique à plus forte raison l’internet et on leur demande d’aller faire des recherches sur le net. Avant d’ajouter « le problème des pays africains, c’est de faire  passer  des experts  du nord pour  des génies pour réfléchir sur les problèmes du sud alors que ce sont des gens formés dans un cadre différents du notre. Ce qui est valable  ailleurs peut ne pas l’être ici ». Une camisole cousue pour une personne de 100 kg n’est pas forcement bien pour celle qui a 50 kg, dit-il. Ce qui est révoltant soutien notre interlocuteur, «  c’est la promotion, des « cancres » par affinité en lieu et place des hommes capables et intègres. Ce sont ces gens qui arrivent à se frayer le chemin pour arriver là où il ne devrait pas arriver. Et ceux sont les mêmes personnes qui affirment que le premier de l’école n’est pas le premier dans la vie ».
Pour Dr  CONTE, l’éducation  doit être prioritaire en  Guinée. « C’est pourquoi, je ne me retrouve pas dans les huit axes prioritaires dégagés par le gouvernement de mission du président Alpha Condé. L’homme est  au début et à la fin de tout processus de développement ».
Un autre fait soulevé par notre interlocuteur, c’est le manque de  dynamisme des services de coopération de nos universités. Il estime que l’état ne peut pas tout faire, donc nos universités doivent disposer de services de coopération dynamiques capables de faire avancer ces structures par le biais de la coopération universitaire.
Les départements en charge de l’éducation  doivent être selon lui en première ligne. Pour s’en convaincre, il dira que les autorités parlent toujours des Mines « mais si les guinéens ne sont pas qualifiés pour faire le boulot, les sociétés minières se tourneront vers l’étranger pour recruter les travailleurs qualifiés. Ce qui est une perte pour le pays qui ne manque pas pourtant de chômeurs et de jeunes diplômés ».
En tout état de cause, il pense que la promotion du mérite est indispensable. Un autre conseil, c’est de détacher certaines structures étatiques  de la politique et plus d’objectivité dans les choix des hommes qui doivent diriger. A propos, il a fait remarquer que tout est lié à la politique en Guinée sans raison valable.  Pour illustrer ses propos,  il dit que dès qu’un  décret est publié, les gens lisent entre les lignes pour compter le nombre de Ministres ou de cadres issus de leur ethnie.
Il a demandé aux autorités de prendre conscience du fait que les petits pays de la sous région dam le pion à la Guinée sur plusieurs domaines alors que ça ne devait pas être le cas puisque la Guinée est plus riche  potentiellement que ces pays.
Pourtant, il trouve le guinéen intelligent. Il faut à tout prix selon Dr Facinet CONTE sortir le pays de l’ornière.
Aux jeunes, il dira « notre génération est testable et tester à tout moment. Nos parents en leur temps avait leur affectation juste après l’université et pour nous, il faut être bon pour trouver un stage, sinon bonjour les bars-café ».

Entretien réalisé par Almamy Kalla CONTE
 

Partager