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MANDEN DJALLON : Comment sortir du traquenard politicien ?

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On croyait la question définitivement résolue par les résultats des élections législatives. Mais à l’évidence, avec les derniers incidents survenus à Mamou, on voit que le débat autour du concept de «Manden Djallon» soulevé à la veille du scrutin parlementaire n’est pas retombé. Il refait surface avec les nombreux conflits domaniaux qui éclatent çà et là dans la région.

Parce qu’en réalité, la récurrence singulière avec laquelle ces querelles éclatent aujourd’hui, n’est pas étrangère au germe de division que certains ont bien voulu semer dans la région, en vue de satisfaire à des fins politico-politiciennes. Et au rythme où vont les choses, les conséquences fâcheuses sur le tissu social pourraient beaucoup plus graves. D’où la nécessité d’y mettre fin. Mais comment ? Là est toute la question.Tout remède viable implique deux principes de base : prendre conscience du rôle manipulateur que certains responsables politiques y jouent, et reconnaître l’existence historique de la dimension esclavagiste au sein des communautés qui peuplent aujourd’hui le Fouta. Vu la dimension que risque de prendre le phénomène, il ne servira pas à grand-chose de jouer à la politique de l’autruche. Ce n’est pas la peine de faire comme si le mal n’était pas là. Parce que de manière insidieuse et dans un cadre strictement informel, il continuera à se propager. Bien entendu, ceux qui l’ont provoqué pourront applaudir et, se féliciter de leur ”intelligence” diabolique. Mais parce que les hommes et les dirigeants passent et que le peuple et la nation ont vocation à demeurer, il faudra y mettre fin, pour la cohabitation harmonieuse des populations.

Un défi qui ne sera point relevé sans sens de responsabilité, hauteur de vue et vision patriotique. Le premier pan de la potion composant le remède, c’est, comme on le disait plus haut, le fait de prendre conscience de la dimension ‘’instrumentalisation politico-politicienne’’. ‘’Descendants d’esclaves’’ et ‘’héritiers de nobles’’ doivent faire en sorte de ne pas succomber face aux manœuvres.

Dans un passé récent, les deux ne bénéficiaient certes pas des mêmes droits. Mais c’est là un contexte historique qu’ils doivent tous assumer et dépasser. Comme l’ont relativement fait Américains blancs et américains noirs pour qu’Obama soit élu, puis réélu. Déjà, cheminant ensemble, ils ont réussi à surmonter une bonne partie du contentieux, sans l’intervention explicite d’une tierce personne. Comme on le dit, le temps a fait son œuvre. Le reste du chemin, ils ont les ressources nécessaires pour le parcourir sans intervention extérieure. Surtout si cette dernière est de nature à les diviser. Ils doivent faire prévaloir une ‘’intelligence’’ qui leur permette de déceler la manipulation et de se prémunir contre elle. Mais cela suppose une remise en cause objective et sincère de la part en particulier des ‘’héritiers des nobles’’.

S’il est incontestable que les politiciens y sont pour beaucoup, par contre ils surfent sur un fait historique et sociétal, l’esclavagisme, qui a bel et bien existé en Guinée et dont les survivances sont encore perceptibles dans certains comportements et attitudes. Même s’il est à préciser que le phénomène n’est pas exclusif au Fouta. Certes, on ne peut pas changer les mentalités du jour au lendemain. La révolution sékoutouréenne, avait supprimé même la chefferie traditionnelle qui était un des substrats de cette situation.

Il est important qu’au niveau des intellectuels et autorités morales de la Moyenne Guinée, le débat soit posé. Parce qu’il s’agit d’un problème autrement plus grave que la querelle entre Cellou Dalein Diallo et Bah Oury. Il n’y a pas de honte à reconnaître qu’on a eu tort à agir de manière condescendante à l’égard d’une certaine catégorie de ses semblables. De ce mea culpa intérieur, découlera le nécessaire changement de comportements et d’attitudes.

A l’issue de cette remise en cause, on apprendra à ne plus refuser à certains le droit de diriger la prière et on cessera progressivement  d’expliquer les comportements de tel ou de tel par le statut social. A partir de cette remise en question de la couche qui continue à se concevoir comme supérieure, l’accalmie du camp d’en face sera facilitée. Et la nation aura triomphé des manipulateurs.

Source: GuineeConakry.info

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