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Des magistrats décident de porter plainte contre trois radios privées

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C’est parti pour ce qui pourrait être en Guinée la première grande bataille judiciaire opposant magistrats et journalistes. Ce vendredi, en assemblée extraordinaire, les magistrats ont décidé, à la quasi-unanimité, de porter plainte contre trois de la vingtaine de radios privées à Conakry.

En cause, les robins sont exaspérés par des critiques virulentes contre deux des leurs et contre « toute l’institution judiciaire ».

 Continental FM, Atlantique FM et Liberté FM  sont les trois radios dans le viseur de l’Association des Magistrats de Guinée (AMG). « En un jour, on peut comprendre. Mais quatre fois par jour pendant de plus cinq jours, ce n’est plus une émission c’est du harcèlement », a souligné Eric Thiam, magistrat à la Cour suprême, et un des magistrats critiqués dans les émissions des radios sus citées.

 «Les cours et tribunaux guinéens sont peuplés de pourritures

 

Si l’Association des Magistrats de Guinée a décidé d’agir contre les radios privées, c’est parce qu’elle estime que les émissions ont jeté du discrédit sur toute l’institution judiciaire guinéenne. Sans quoi, si les « dénonciations, diffamations et injures » des médias  visaient uniquement Eric Thiam et la juge de paix de Dubréka, madame Mariama Doumbouya, ça ne serait pas l’affaire de l’AMG. Même si les magistrats allaient soutenir leurs confrères. « Lorsque j’entends qu’un journaliste aurait dit que les cours et tribunaux guinéens sont peuplés de pourritures, ce n’est plus des personnes qui sont attaquées, mais toute l’institution judiciaire », s’indigne Aly Touré, substitut du procureur près le tribunal de première instance de Mafanco. Comme Aly Touré, la phrase fait très mal à beaucoup d’autres magistrats. « Nous portons plainte pour le discrédit jeter non pas aux personnes, mais à l’institution. En ce qui concerne les individus, ils sont libres de porter plainte. S’ils le font, ils bénéficieront de notre solidarité », a indiqué Aly Touré.

 

Délit de presse

 

Les magistrats sont clairs là-dessus. Dans le cas présent, il n’y a pas à dire dépénalisation de délit de presse. « La dépénalisation est à prendre de façon très relative. Il y a des infractions de droit commun qui une fois commises par voie de presse donnent lieu à des poursuites. C’est le cas notamment de la diffamation. La loi sur la magistrature dit aussi que si l’institution tout entière est victime de la diffamation de la part d’un journaliste, ça donne lieu à des poursuites », indique un substitut de procureur.

 

Fernandez démissionne

 

La décision de porter plainte contre les radios n’a pas fait l’unanimité au sein de l’Association. Parmi les contres, William Fernandez, récemment promu procureur général près la Cour d’Appel de Kankan. L’ancien avocat général de la Cour d’Appel de Conakry n’admet pas qu’il soit minimisé de la sorte par ses pairs. Dans sa colère, il a présenté sa démission de l’Association, et a quitté la salle pendant que les débats étaient en cours. « Pourquoi deux traitements différents pour deux cas identiques. J’ai été trainé dans la boue par la presse. Quand je me suis plaint, on m’a dit : laissons les journalistes faire leur travail. Pourquoi poursuivre aujourd’hui les journalistes quand il s’agit d’autres magistrats. Pour cette raison, je démissionne »,  a justifié William Fernandez, procureur controversé dans le procès sur l’attentat contre le domicile privé du président Alpha Condé. Fernandez est soutenu dans sa position par Pierre Lamah, juge au tribunal de première instance de Kaloum. Ce dernier a sollicité qu’on abandonne le projet de poursuite contre les radios. Mais sans succès.

 

Les autres magistrats estiment que William Fernandez n’a pas compris leur décision. « Nous ne portons pas plainte parce que des magistrats ont été diffamés, mais parce qu’on a jeté du discrédit sur toute l’institution judiciaire », a réitéré Aly Touré. 

 

Source : Guineenews

 

 

 

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