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Il y a quelques années, plus précisément au plus fort moment de la grève de janvier-février 2017, tout le pays s’est embrassé à l’appel de la grève de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée, piloté à l’époque par la dame de fer, Hadja Rabiatou Serah Diallo, aujourd’hui, présidente du Conseil Economique et Social.
Sur les 33 préfectures que compte le pays, presque 30 se sont soulevées, exceptée la préfecture de Forécariah. Dans la trentaine de préfecture du pays et la capitale Conakry, des citoyens se sont attaqués aux édifices publics, notamment, archives, bâtiments administratifs, poste de police, de commissariat, de gendarmerie, résidence de préfet et de gouverneur, ont été saccagés et brûlés par endroit. Des administrateurs territoriaux chassés des préfectures.
Bref pour le dire en un mot comme en mille, le régime du général Lansana Conté avait été ébranlé. Face à ce chaos indescriptible qui prévalait à l’époque dans le pays, la radio, RFI, radio France internationale avait interviewé l’opposant Alpha Condé. En réponse aux questions de la radio mondiale, l’opposant historique de l’époque avait laissé entendre que la Guinée regorge des potentialités économiques et des richesses considérables qu’aucun pays africain ne possédait. Mais où va l’argent généré par toutes ces ressources ?, s’interrogeait Alpha Condé à l’époque.
Malgré toutes ces richesses, or, diamant, la pêche, le bois et autre renchérit Alpha Condé, les fonctionnaires guinéens sont les plus mauvais payés en Afrique par faute de corruption et de mal gouvernance.
Alpha Condé avait demandé aux syndicalistes de continuer la lutte jusqu’à la satisfaction générale des revendications. Certaines mauvaises langues avaient même soutenue à l’époque que les syndicalistes dirigés par Hadja Rabiatou Serah Diallo et feu Dr Ibrahima Fofana avaient reçu de l’argent de la part de l’opposant Alpha Condé pour continuer la lutte contre le régime du général Lansana Conté. Bien que Hadja Rabiatou Serah Diallo avait apporté un démenti à l’information.
Pour Alpha Condé donc avec toutes ses richesses, la Guinée je cite « était capable de très bien ses fonctionnaires plus que tout autre Etat africain ».
Ce n’est pas tout car Alpha Condé avait estimé que le régime du général Lansana Conté était capable de payer même les guinéens qui ne travaillent pas, à l’image des pays occidentaux vu les nombreuses richesses du sol et du sous-sol du pays. Excusez du peu, c’est la quintessence de l’interview de l’opposant Alpha Condé.
Trois ans après cette déclaration, l’opposant historique accède à la magistrature suprême du pays, autrement, il a hérité du riche pays que gérait Lansana Conté.
Plus loin, pour parler de 2018, dix ans après cette déclaration, Alpha Condé se trouve devant les mêmes réalités que Lansana Conté, la grève des enseignants et la grogne dans la fonction publique.
Mais cette fois-ci, il faut dire que le fusil a changé d’épaule puisque le meneur de la grève, Aboubacar Soumah est qualifié de rebelle, d’illégal, de saboteur, son salaire bloqué, affecté dans le pays profond, humilité, bref, traiter de tout.
Pourtant, la Guinée est plus riche en 2018 qu’en 2007. Suivez notre regard : dans la préfecture de Boké où le président Alpha Condé n’naquît il y a plus de 80 ans aujourd’hui, il n y avait que la CBG, compagnie des bauxites de Guinée comme société minière en 2007. Aujourd’hui en 2018, la préfecture compte 14 sociétés minières, soit 13 de plus. Ce n’est pas tout car il y a toujours de l’or, le diamant, la bauxite, la pêche avec les produits halieutiques, la forêt, le bois, excusez du peu, comme le disait Alpha Condé en 2007, les richesses de la Guinée sont immenses et considérables.
Pourquoi alors les fonctionnaires guinéens ne sont toujours pas bien payés ?
Est-ce à cause des problèmes dénoncés à l’époque par Alpha Condé : corruption, mauvaise gouvernance, affairisme, clientélisme ?
En tout cas, de mémoire des fonctionnaires guinéens, c’est seulement l’ancien Premier Ministre de la transition, feu Jean Marie Doré qui avait eu le courage d’augmenter le salaire des fonctionnaires à 100% en l’espace d’une année (2010), alors que le pays vivait une période exceptionnelle, marquée par la gestion chaotique des militaires (Capitaine Moussa Dadis Camara et du général Sékouba Konaté). Depuis, plus rien pour les pauvres fonctionnaires. Le recensement biométrique engagé a accouché d’une souris puisque les engagements exceptionnels à la fonction publique se font tous les mois. Difficile de connaitre alors le nombre réel de fonctionnaires qui émargent à la fonction publique puisque certains sont radiés, d’autres enrôlés par le clan ethnique de la présidence.
Il est donc temps et grand temps pour le président Alpha Condé de faire son bilan. Dire aux guinéens où va l’argent généré par les 14 sociétés minières implantées dans sa ville natale de Boké et les autres richesses naturelles que sont la bauxite de Kindia, l’or, le diamant presque dans tout le pays, les produits de la pêche, du bois avec la société forêt forte, l’appui des partenaires au développement et pays amis, excusez du peu, la liste est longue.

Mohamed Soumah

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