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Alors que le nouveau gouvernement est toujours attendu en Guinée, le président Alpha Condé a accordé un entretien au journal libérale Britannique The Economist.

Le chef de l’Etat a profité de cet entretien pour évoquer les problèmes ethniques du pays. Il fera observer qu’en Belgique par exemple « les Flamands et les Wallons ont du mal à vivre ensemble mais personne n’en parle. Ils parlent de l’ethnicité uniquement pour l’Afrique ». Mais ce qui retient l’attention dans cet entretien, c’est l’éventuelle révision constitutionnelle qui supprimerait la limite du nombre de mandats. La constitution Guinéenne actuelle, issue des négociations de Ouaga de 2010, limite à deux le nombre de mandats du président de la République. Le deuxième et dernier mandat du président Alpha Condé arrive à échéance en décembre 2020. Depuis sa réélection dès le premier tour en 2015, quelques voix, certes peu nombreuses, se font entendre pour appeler à une modification constitutionnelle afin de permettre à l’actuel chef de l’Etat de briguer un troisième mandat en 2010. Le président s’est toujours refusé d’évoquer directement le sujet.

C’est la décision de la population guinéenne, pas la mienne

Dans cet entretien avec nos confrères de The Economist, le chef de l’Etat laisse planer le doute sur sa volonté de réviser la constitution. Il se limite à faire observer dans un langage très feutré que ce sera « la décision de la population guinéenne »et d’ajouter pour davantage semer le doute « pas la mienne ».

A l’analyse de cette sortie on comprend que l’éventualité d’une révision constitutionnelle n’est pas à exclure. En effet, le président dit que ce sera la décision du peuple alors que normalement le peuple n’a pas à se prononcer sans qu’il ne soit sollicité. Il apparait de plus en évident que le chef de l’Etat pense à solliciter par voie référendaire cette révision. Il faut rappeler en effet, que la révision constitutionnelle ne peut s’opérer que par referendum. Le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), majorité présidentielle, ne dispose pas de la majorité qualifiée à l’assemblée qui lui aurait permis de réviser la constitution par voie parlementaire. A moins de parvenir à rallier et à convaincre l’Union de Forces Républicaine (UFR) et l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) sur ce projet. Ce qui semble peu probable.

Les présidents africains ne devraient pas avoir de limites de mandats

Cette analyse est confortée par la suite de l’entretien. Le président Condé regrette que les présidents Africains soient limités en nombre de mandats. Pour lui les ses compères africains « ne devraient pas avoir de limites de mandats ». A l’appui de cette argumentation il met en avant l’impossibilité de se projeter à long terme dans la réalisation des projets « ils (les mandats limités) les empêchent de réaliser des projets ambitieux à long terme ».

Risque de violence

Toutefois le journal note qu’une telle éventualité risque de plonger le pays dans des violences aux conséquences imprévisibles. En effet, tous les grands partis politiques de l’opposition semblent être opposés à une révision constitutionnelle. Même l’UFR de Monsieur Sidya Touré, parti allié de la majorité, est opposée à une telle éventualité.

The Economiste note d’ailleurs l’inquiétude que suscite cette possible révision constitutionnelle « Certains s’inquiètent que M. Condé tente de changer la constitution pour qu’il puisse briguer un troisième mandat en 2020 ». Le journal pointe les risques de violence « Cela provoquerait sûrement la violence dans la rue ».

Pour l’heure aucune déclaration officielle ne vient confirmer la volonté de Monsieur Condé de réviser la constitution mais cette sortie dans un journal étranger très prestigieux ouvre grandement la porte à cette éventualité avec les risques qu’elle comporte.

The Economist

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