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Le milieu, 25 ans et 59 sélections, a mûri pendant le tournoi et semble être devenu le leader des Bleus qu’il voulait être. Récit d’une métamorphose.
Dans son jeu, son attitude et ses mots, Paul Pogba n’est plus le même. Il n’est plus le même que celui que l’on connaît depuis sa première sélection le 22 mars 2013. Il n’est plus le même qu’au début du Mondial, le 16 juin dernier pour les Bleus. Le joueur s’est transformé, l’homme s’impose. Le milieu de terrain est devenu le cœur battant des Bleus. Voici le pourquoi du comment de cette mutation.
Leaderschip, la bonne Pioche
C’est le gros changement de ce Mondial. La Pioche, son surnom, prend la parole. Beaucoup. Et partout. Notamment dans le vestiaire, avant les matchs à élimination directe, comme le jour de France – Belgique. Ses mots se diffusent dans le respect et l’écoute. « Il a pris les choses en main, il est devenu le patron », souffle-t-on en interne parmi les Bleus. « Il a effectivement pris du poids dans le leadership mais c’est naturellement », explique-t-on encore parmi l’encadrement.
Paul Pogba a pris les commandes des Bleus. LP/Arnaud Journois« Il a toujours été un leader, confirme son premier entraîneur à Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne), Sambou Tati, aujourd’hui président du club et à l’époque en charge des U13. Il n’était pas capitaine, mais il avait cette capacité à haranguer les collègues et remettre l’équipe sur les bons rails. Parce qu’il a de l’aura et un caractère de gagneur. C’est en lui. Il sera un jour capitaine de l’équipe de France. » Il l’était avec les Bleus, champions du monde des U20 en 2013.
Evra – Deschamps, les influences
Ambianceur en 2014, lors du Mondial au Brésil du haut de ses 21 ans, il s’est inspiré de la « légende », selon ses mots, Patrice Evra, pour s’affirmer dans le groupe. « Tonton Pat a toujours été un exemple dans le leadership. C’est un leader né. Je suis les conseils qu’il m’a donnés », nous a-t-il répondu jeudi matin, en conférence de presse à Istra, à propos de l’influence de son ancien compère à Manchester United comme à la Juventus. Il les transmet désormais aux babys Bleus, réunissant dans sa chambre les Mbappé, Mendy, Kimpembé et autre Dembélé.
« Pour les plus jeunes du groupe, il est le grand frère qui les représente », insiste-t-on auprès des Tricolores. Si Mourinho ne semble pas avoir trouvé le mode d’emploi avec lui, Deschamps, plus fin, plus psychologue, en tire la quintessence. Ils échangent énormément, encore plus pendant ce Mondial. « Il a une étoile, un truc que peu de coaches ont, commente Pogba à son sujet. Il a gagné avec la France, il a été un grand joueur, un capitaine, déjà un leader. Il connaît les joueurs, il sait parler aux joueurs, il arrive à donner le message qu’il veut donner. »
L’homme grandit
« Il s’est responsabilisé, il a gagné en maturité. Deschamps va faire de lui un champion du monde », pense Bruno Cheyrou, consultant à beIN Sports. Pogba martèle ouvertement ses ambitions depuis le début du tournoi. « On est arrivé trop loin désormais pour lâcher. On veut faire péter la France. J’ai vu des photos, c’était extraordinaire, on veut revoir ça et partager avec toute la France, tous nos fans et tous nos proches », disait-il jeudi matin, au cours d’une conférence de presse d’une profondeur et d’une intensité incroyables, devant une centaine de journalistes.
Paul Pogba, ici avec Antoine Griezmann, est apprécié par tous ses coéquipiers. LP/Arnaud JournoisIl insiste : « A l’Euro (NDLR : en finale il y a deux ans), on pensait que c’était déjà fait. La mentalité n’était pas la même. Quand on a gagné contre l’Allemagne, on pensait que c’était la finale. On s’est dit que c’était gagné d’avance contre le Portugal et c’était ça notre erreur. Cette fois, on est tous concentrés, on ne veut pas faire la même erreur, aborder le match différemment et aller la chercher. » Il englobe sa conquête d’une jolie formule : « Moi, je n’ai pas d’étoile, elle est sur le maillot mais je ne l’ai pas gagnée, et j’ai envie d’aller la chercher. »
Un travailleur assidu
Milieu complet et moderne, qui n’a pas toujours montré la même implication sur le terrain ces derniers mois, le Mancunien offre en Russie une panoplie supplémentaire à son jeu, plus discipliné, moins créatif (encore que), plus au charbon. « Didier Deschamps l’a façonné à son image dans un registre beaucoup plus pragmatique, un peu moins show off, un peu moins de passements de jambes et de roulettes. Avec une efficacité incroyable !, remarque Bruno Cheyrou, l’ancien milieu de Lille et Liverpool, trois sélections A. Il s’est sacrifié contre la Belgique. Il avait un rôle défensif sur Marouane Fellaini. Je me souviens de quatre ou cinq situations où il est à la même hauteur que Varane et Umtiti pour le bloquer. Je ne suis pas sûr que ce soit ce dont il raffole le plus mais il l’accomplit pour le bien de l’équipe. »
Il est aussi bien aidé à ses côtés par N’Golo Kanté, « peut-être le meilleur joueur du Mondial », selon Cheyrou. « Le fait de courir, attaquer et défendre ensemble, c’est là où on est le plus fort, dit avec lucidité Pogba. Je veux gagner cette Coupe du monde, et il faut faire des sacrifices. Défendre, ce n’est pas mon point fort, je ne suis pas N’Golo, mais je le fais avec plaisir. » Cheyrou conclut : « Deschamps a donné les clés de l’équipe à Pogba et Griezmann, qui sont deux très grands potes. Ils le lui rendent bien. »

Source : www.leparisien.f

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