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« C’est son commerce, c’est comme ça qu’il gagne sa vie maintenant. » Tel est l’argument-choc qu’a invoqué hier Me Jean-Pierre St-Jean, du ministère public, pour convaincre une juge de la Cour du Québec de garder en prison l’ancien caporal de la Sûreté du Québec, Gaétan Rivest. Rivest, 51 ans, et un autre individu décrit comme son homme de main, César Santibanez, 34 ans, font face à cinq chefs d’accusation relativement à une affaire de « shylocking », soit extorsion, voies de fait, avoir prêté de l’argent à des taux criminels, menaces et complot.
Comme Rivest s’est vu infliger tout récemment une peine de huit mois de prison à purger dans la communauté pour une affaire de faux documents et qu’il a une autre cause de prêt usuraire pendante devant le tribunal, la juge Élizabeth Corte a vite refusé sa remise en liberté. Debout dans le box des accusés, Rivest, menottes aux poings, a perdu sa belle assurance quand la juge a rendu sa décision et fixé le report des procédures seulement au 26 mars. Le coup était d’autant plus dur à avaler qu’il a paru secoué quelques instants auparavant en écoutant le témoignage de sa fille. La jeune réceptionniste de 25 ans était prête à mettre en garantie son luxueux condo de 300 000 $ de l’avenue Pierre-Dupuy, à Montréal, en échange de la liberté sur cautionnement de son père. « Qu’est-ce qui vous dit qu’il respectera ses conditions ? » a demandé la juge Corte. « Parce que mon père ne fera jamais rien pour nuire à ses enfants. J’en suis convaincue », de répondre Lyne Rivest en éclatant en sanglots. Dans son résumé de la preuve, l’avocat de la Couronne a mentionné que Rivest était tombé dans les filets de la police au terme d’une enquête éclair entreprise le 2 mars dernier. Un homme de 29 ans s’était alors plaint à la brigade antigang de la CUM d’avoir été menacé et frappé parce qu’il ne parvenait pas à rembourser un usurier nommé Gaétan.
En quelques semaines, un prêt initial de 800 $ et deux autres contractés par la suite avaient fait grimper le solde à 4700 $. Les intérêts du début avaient suivi la même courbe, passant de 50 à 192 $… par semaine. Après quatre versements, la victime ne parvenait plus à honorer sa dette. C’est là, selon Me St-Jacques, que le fameux Gaétan aurait monté le ton et pressé le pauvre homme de le rencontrer, à Laval. Dans le stationnement d’un Dunkin’ Donuts du boulevard des Laurentides, les deux hommes auraient eu une discussion pour le moins animée. À un moment donné, un individu de forte stature qui accompagnait le shylock l’aurait même frappée au visage. Au poste de police, il aurait identifié Gaétan Rivest et César Santibanez comme ses agresseurs. Avec l’aide d’un agent double, la police a arrêté Rivest jeudi soir dans un hôtel du centre-ville. Ironiquement, l’établissement est situé juste en face d’un poste de police, rue Guy. Santibanez s’est quant à lui livré peu après aux enquêteurs de la CUM. Dans son témoignage hier, Rivest a relaté avoir occupé plusieurs emplois depuis sa retraite de la SQ en 1990. Entre autres, il dit avoir été vendeur d’aspirateurs, ainsi que propriétaire d’un bar et d’un restaurant.
ANDRÉ CÉDILOT
Source : Montréal Plus

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