Dans les pays où la démocratie et l’Etat de droit se trouvent dans une situation embryonnaire, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales est toujours une préoccupation chez les ONG de défense des droits humains et des citoyens.

C’est pour mieux échanger autour de ce sujet que des étudiants en licence 3 de la faculté de droit de l’université Général Lansana Conté de Sonfonia ont organisé le vendredi 25 janvier 2019, une conférence-débat sur les libertés fondamentales en Guinée.

Cette rencontre a connu la présence d’Ibrahima Sacko du Haut Commissariat aux droits de l’homme et Oumar Kanté de la CNTG qui ont, tour à tour, donné des explications sur les libertés fondamentales et le travail décent.

Rencontré à la fin de ladite conférence, Dr Thierno Souleymane Barry, professeur de droit, Consultant et Avocat à la Cour est revenu sur la notion des droits de l’homme et des libertés fondamentales, les défis et les solutions.

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Guineénnelive.com : C’est quoi les droits de l’homme et les libertés publiques ?

Dr Thierno Souleymane Barry : ce sont l’ensemble des prérogatives qui sont reconnues à l’individu et qui s’imposent aux pouvoirs publics tenus de les respecter et de les réaliser puis donner effet à ces droits. Comme on le dit souvent, ce n’est pas des droits qui sont octroyés, ce sont des droits qui sont reconnus à l’individu. Ils sont conceptentiels à l’essence de l’individu. Ils font corps à sa dignité.

Donc comme vous avez pu le constater, c’est à l’issue des cours que nous avons donné à la faculté de droit, libertés fondamentales et par tradition, je finis toujours par une conférence qui permet aux étudiants de rencontrer les praticiens du droit et permet également de faire de l’université une incubation du savoir.

Nous nous sommes penchés sur les libertés fondamentales en Guinée, entre théorie et réalité. Cela a permis à ces panelistes dont Monsieur Ibrahima Sacko du Haut-commissariat aux Droits de l’Homme des Nations-Unies, Monsieur Oumar Kanté de la CNTG et certains représentants d’ONG de venir discuter avec les étudiants.

Nous leur avons appris la théorie des droits de l’Homme. Et aujourd’hui, ils ont pu lier la théorie à la pratique.

Quels sont les défis que la Guinée doit relever en matière des droits de l’homme ?

On peut citer quelques-uns. D’abord, il faut continuer à harmoniser nos lois internes avec nos obligations internationales. Les chantiers sont certainement ouverts. Autres aspects, c’est continuer à assurer l’indépendance de la justice. Parce que le gardien des libertés fondamentales, c’est la justice également. Continuer à reformer nos institutions dans le sens du respect rigoureux des droits fondamentaux. Parce que le sens d’un Etat, c’est d’abord les droits fondamentaux.

Il ne pourrait y avoir un Etat de droit si les droits fondamentaux ne sont pas respectés. et c’est à cela qu’on invite tout le monde.

Quelle lecture faites-vous du respect de ces droits en Guinée ?

La réalité est ambivalente. Il y a quelques avancées. Nous avons le pluralisme de la presse et autres, mais je vais m’appesantir sur ce qui ne va pas. Une de mes préoccupations, c’est cette interdiction continue de la liberté de manifester en République de Guinée.

Le levier de la démocratie, c’est la libération de l’espace permettant aux citoyens qui respectent les lois de la République de s’exprimer. Mais, on constate que depuis le mois de juin passé, ce droit est interdit en République de Guinée. Je pense que si j’ai un appel à lancer, c’est de dire aux autorités de revenir sur cette question. Parce que c’est une violation flagrante de notre constitution et des obligations internationales auxquelles nous avons librement et volontairement adhéré. Et qui vont dans le sens du respect des libertés fondamentales.

Ce n’est qu’un exemple que je viens de citer. Mais c’est le plus préoccupant. Si on parle aujourd’hui de démocratie, parce que certains ont bravé les pouvoirs qui n’étaient pas connus comme respectueux des droits de l’homme. Il faut qu’on permette aux citoyens de s’exprimer, c’est l’essence même de la démocratie.

Ce qui fait que la démocratie se diffère de la dictature, c’est le débat public. Tant qu’on parle, on ne va pas se battre. Tant qu’on parle, la violence, les armes et autres ne se lèvent pas. L’appel pressant qu’on pourrait lancer, c’est le respect rigoureux des libertés fondamentales et la liberté de manifester.

Daouda Yansané

Spécialiste des questions juridiques

et judiciaires

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