Conakry: le destin brisé d’Ibrahima Sidibé, introuvable depuis le drame des massacres du 28 septembre
Un mystère plane toujours seize ans après le massacre du 28 septembre 2009 au Stade de Conakry : Ibrahima Sidibé, militant actif de l’UFDG, reste introuvable. M. Sidibé était l’un des nombreux citoyens qui avaient répondu à l’appel des Forces Vives de la Nation ce jour-là.
La manifestation, organisée dans l’enceinte du stade éponyme, visait à exiger le départ de la junte militaire, alors dirigée par le Capitaine Moussa Dadis Camara.
Au milieu de la foule scandant des slogans hostiles au régime tels que « à bas Dadis, vive le retour à l’ordre constitutionnel » Ibrahima Sidibé n’était pas seul.
Son épouse, Aminata Diallo, et son fils, Bangaly Sidibé, l’accompagnaient pour affirmer leur opposition à la confiscation du pouvoir.
Vers 10 heures, les leaders de l’opposition, dont Cellou Dalein Diallo, Jean Marie Doré, Sidya Touré et Loucény Fall, installés dans la loge officielle, prenaient la parole, leurs discours étant salués par des tonnerres d’applaudissements.
C’est alors, au début des allocutions, que la tragédie a frappé. Des bérets rouges de la garde présidentielle ont fait irruption dans le stade, tirant à bout portant sur des civils désarmés, pris au piège dans l’enceinte fermée.
La panique fut générale. Tandis que les militants couraient pour sauver leur vie, des femmes étaient rattrapées, déshabillées et violées. Le bilan officiel du gouvernement fit état de 57 morts et de nombreuses femmes victimes de violences sexuelles.
Les observateurs internationaux, quant à eux, ont dénombré au moins 150 personnes tuées par balles, 1 400 blessées et des centaines de femmes violées.
La rédaction de guineeprogres.net, au cours de son enquête sur le drame, a recueilli le témoignage d’un survivant qui a miraculeusement échappé à la mort.
Aujourd’hui, seize ans jour pour jour après les faits, la famille Sidibé est toujours sans nouvelle de son fils. Ibrahima Sidibé a été vu pour la dernière fois ce matin du 28 septembre 2009.
Un ami d’Ibrahima Sidibé, récemment décédé, avait raconté la scène. Selon lui, lorsque les hommes de Dadis ont commencé à tirer, les leaders se sont regroupés sur la pelouse du stade et n’ont pas cherché à fuir.
À l’intérieur de l’enceinte, la foule en déroute piétinait les victimes. « On mitraillait de partout et toutes les issues étaient cernées, les portes du stade fermées », avait-il confié à notre reporter, ajoutant que des dizaines de personnes leur étaient tombées dessus, à lui et à son compagnon Ibrahima Sidibé, alors qu’ils étaient à terre, causant sa disparition subite. Les militaires violaient les femmes sous les yeux de tous.
Depuis le massacre, la famille Sidibé vit dans une solitude douloureuse, marquée par l’absence du père. Ibrahima Sidibé est aujourd’hui classé parmi les victimes non identifiées.
Malgré de multiples tentatives auprès des autorités pour obtenir la restitution du corps de leur fils, la famille reste à ce jour sans aucune information concrète.
Nous y reviendrons
Alkhaly Condé
