La motion de défiance lancée contre le président de la Cour constitutionnelle conduit-elle la Guinée dans le précipice ? Difficile de réponse à cette question par l’affirmative. Toujours est-il que Kèlèfa Sall de la Cour constitutionnelle est victime de son discours de janvier 2016.
« Vous vous êtes engagé solennellement à respecter la constitution et les décisions de justice, à défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale. Par cet acte, vous venez de faire une déclaration de loyauté et d’engagement signifiant que force doit rester à la loi et que nul n’est au-dessus de la loi. C’est cela un Etat droit, un Etat dans lequel aussi bien l’Etat que les citoyens sont soumis sans distinction à l’autorité de la loi »
Cette discours qui invitait Alpha Condé « de ne pas s’entourez d’extrémistes, d’éviter toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance, de se gardez de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant de Kèlèfa Sall, président de la Cour constitutionnelle constitue la pomme de discorde entre le président Alpha Condé et le Kélèfa Sall.
Pourtant, l’article 27 de la Constitution guinéenne stipule que « le président de la République est élu au suffrage universel direct. La durée de son mandat est de cinq ans, renouvelable une fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non »
Perçu comme une épine dans les pieds du courant révisionniste, le magistrat est aujourd’hui victime de cette situation.
Bien que soutenu par l’opposition conduite par Mamadou Cellou Diallo, le vent qui souffle sur la cour Constitutionnelle risque d’emporter le magistrat qui a osé dire haut ce que les autres pensent tout bas.
Il a voulu dire comme le disait F. D. Roosevelt:  » Gouverner, c’est maintenir les balances de la justice égales pour tous »

Voici l’intégralité du discours de Kélèfa Sall lors de l’investiture d’Alpha Condé en 2015

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat,

Excellences Mesdames les Premières Dames, 

Mesdames et Messieurs les Chefs de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,

Distingués représentants des pays frères et amis,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions constitutionnelles,

Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement,

Excellence Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et 
Représentants des Organisations Internationales accréditées ; 

Honorables Invités, Mesdames et Messieurs tout protocole respectueusement observé. 
Monsieur le Président de la République, Professeur Alpha CONDE, La Cour constitutionnelle a reçu votre Serment et vous installera dans vos fonctions de Président de la République le 21 décembre 2015 conformément à la Constitution. Avant ce jour, permettez-moi de mettre à profit cette circonstance pour m’adresser à vous et à travers vous, à mes compatriotes, dont je sollicite l’attention. 
L’élection présidentielle du 11 octobre 2015 était, à certains égards, source de risque de troubles sociaux. Les guinéennes et guinéens, en votant massivement, dans le calme et la sérénité, avec un taux de participation de 68,43%, ont déjoué tous les scénarii imaginés. En cela, ils ont démontré leur maturité politique. C’est par sa capacité à se mobiliser, aux heures difficiles, pour construire ce qui est essentiel à son destin de dignité, qu’un peuple grave l’image que l’histoire retiendra de lui. C’est donc tout naturellement vers ce grand Peuple que vont mes premières félicitations.

Les guinéens dans leur majorité et le Tout Puissant et Miséricordieux ont voulu que ce soit vous Professeur Alpha CONDE qui présidiez aux destinées de notre pays. Telle est la loi de la démocratie : la gouvernance par la Majorité, et ce dans le respect de la Minorité.

Monsieur le Président de la République, Dernier terme de la gloire humaine, la fonction de Président de la République est caractérisée par la brutale coexistence entre notoriété et sujétion. C’est là tout le paradoxe de vos responsabilités futures : vous serez à la fois premier et second, maître et serviteur, supérieur et subordonné. 
Vous vous êtes engagé solennellement à respecter la constitution et les décisions de justice, à défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire, et l’indépendance nationale.

Par cet acte, vous venez de faire une déclaration de loyauté et d’engagement signifiant que force doit rester à la loi et que nul n’est au-dessus de la loi. C’est cela un Etat de droit, un Etat dans lequel, aussi bien l’Etat que les citoyens sont soumis sans distinction à l’autorité de la loi.

Vous avez été élu le 11 octobre 2015 pour continuer la lutte du peuple de Guinée contre la misère et l’immoralité.

La confiance que nos concitoyens viennent de vous renouveler est une reconnaissance pour l’effort fourni et les résultats obtenus, au cours d’un mandat marqué par une crise sanitaire inattendue et sans précédent, et une série de manifestations politiques. Malgré ce contexte, vous avez pu réaliser des exploits. 
Pourtant, Il y a 5 ans, en prenant en main les destinées de la Guinée, il y avait beaucoup à faire ou à refaire si bien, qu’aujourd’hui encore, ce qui reste à faire est énorme. Mais dédramatisons. Pour vous reprendre « Si vous avez devant vous une montagne à franchir, il faut un jour commencer à grimper, vous n’atteindrez pas tout de suite le sommet, mais au moins aurez-vous fait un premier pas ».

Votre premier mandat a été le premier pas or de l’avis de Jiménez de Arechaga, « il n’y a que le premier pas qui coûte».

Monsieur Le Président de la République, Votre jugement de vos devanciers est sévère et sans appel et peut se résumer à cette question : « Qu’ont fait nos dirigeants de ce fabuleux potentiel que Dieu a donné à la Guinée ? Seule l’histoire détaillante et analysante donnera la réponse à cette question. Je fais remarquer seulement que vous avez placé la barre très haute pour vos successeurs. C’est dire à quel point, le choix renouvelé du peuple vous oblige à davantage de prouesses pendant votre second et dernier mandat. Ce mandat s’annonce très difficile pour vous car, après avoir réalisé des exploits inattendus, le Peuple croit que vous pouvez et que vous devez solutionner tous ses maux. 
A cet instant précis, je ne doute point que l’un de vos soucis est de laisser l’image positive d’un homme d’Etat visionnaire, talentueux et Bâtisseur de la Guinée moderne. Vous êtes déjà entré dans l’histoire pour avoir amorcé avec succès le défi de l’électrification de la Guinée par la construction du Barrage de Kaléta. 
Les chantiers de l’éducation de qualité pour tous, de la couverture sanitaire universelle, de la lutte contre l’impunité, de la préservation et de la récupération du domaine public et maritime, de la sécurité de nos concitoyens et de leurs biens, des emplois durables et décents, de la poursuite des investissements dans le secteur de l’électrification ou enfin d’une administration d’Etat figureront certainement parmi les priorités de votre quinquennat.

En tant que Président de la République, vous devez être le rassembleur, au-dessus des partis politiques et des contingences. 

C’est là votre défi. Et comme l’a dit un de vos admirateurs, qui a longtemps partagé vos peines et vos joies : « Alpha CONDE s’est aménagé avant l’heure et de manière constante les habitudes et aptitudes d’un homme de défi ». A cet instant précis, toute la Guinée prie afin que vous soyez l’homme de la situation. 
La Cour, en sa qualité de régulatrice du fonctionnement et des activités des Pouvoirs législatif et exécutif et des autres organes de l’Etat vous encourage à accélérer l’intégration de toutes les énergies, de toutes les compétences, et de toutes les expertises pour la cohésion sociale et le développement durable de notre chère Guinée. 

Guinéennes et Guinéens, chers compatriotes, La Guinée est une famille, nous le disons à toutes les occasions. Alors unissons- nous dans la fraternité pour mieux nous connaitre, nous comprendre, nous apprécier, nous aimer et rester toujours solidaires. 
N’excluons personne. Encourageons et favorisons le débat inclusif dans la richesse que constitue, en plus de celle du sol et du sous-sol, notre diversité ethnique et culturelle.

Faisons en sorte que désormais, gouvernants et gouvernés, membres ou non des partis politiques, acceptent que les affaires de l’Etat ne soient le bien de personne. Elles appartiennent au peuple qui en délègue la gestion temporaire, non pas à un maître comme on a souvent tendance à le penser, mais à un serviteur. 
Monsieur le Président de la République, Sur le chemin de l’histoire, ceux qui sont devant sont ceux qui sont en vue. Veuillez constamment avoir présent à l’esprit que, quand on est devant, l’on doit être le référentiel, tandis que lorsqu’on est derrière, personne ne vous regarde. Alors demain, ne dites pas que les guinéens vous fatiguent ou vous agacent. Considérez seulement qu’ils vous en demandent un peu trop.

La conduite de la Nation doit nous réunir autour de l’essentiel. Ne vous entourez pas d’extrémistes, ils sont nuisibles à l’Unité nationale. 
Evitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes car si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant.

Monsieur le Président de la République, Permettez-moi, au nom de la Cour et à mon nom personnel, de vous présenter, à vous et à votre famille nos félicitations pour votre élection pour un second mandat de cinq ans. Que le Tout-Puissant et Miséricordieux vous accorde longue vie, bonne santé ainsi que les ressources morales et intellectuelles nécessaires pour mener à bien votre noble, délicate et difficile mission.

Permettez- moi également de remercier les éminentes personnalités présentes dans cette salle, de féliciter les sept autres candidats pour la considération et le respect des voix exprimées pour eux par nos concitoyens ainsi que tous les acteurs de la vie nationale pour leur appel au calme et à la cohésion nationale. 
Monsieur le Président, soyez prêt dès le 21 décembre pour que vive la Guinée. 
La Cour vous donne la parole pour vous permettre de vous adresser à votre Peuple. 
LA COUR donne acte : 

A Maitre Daye KABA, Greffier en Chef de la lecture de son rôle 
d’audience ; 

A Monsieur Ahmed Therna SANOH, Conseiller à la Cour, de la lecture de son rapport ;

A Monsieur Alpha CONDE, Président de la République, de sa prestation de serment et le renvoi à l’audience du 21 décembre 2015 
pour son installation dans ses fonctions ;

A Monsieur Kèlèfa SALL, Président de la Cour, de son intervention ;

A Monsieur Alpha CONDE, Président de la République, de son allocution ;

Ordonne que du tout, il sera dressé procès-verbal pour être versé au rang des minutes de la Cour et publié au Journal Officiel de la République.

 FIN DE L’AUDIENCE

La Cour invite son Excellence Monsieur le Président de la République à la séance de photo avec les membres de la Cour.

 L’audience est levée.

Ousmane Cissé