C’est un secret de polichinelle de dire qu’entre la Guinée et la France, c’est une histoire d’orgueil et de mépris de part et d’autre.

Parlant des guinéens, ils ont toujours dit et clamé haut et fort  devant la France que la « Guinée n’est pas  un pays d’autorité, mais un pays de liberté ». Autrement, pas question pour une puissance,  fut-elle la France de venir dicter aux guinéens ce qu’ils doivent faire ou montrer la voie à suivre.

Il est vrai que le leader et père de l’indépendance guinéenne, Ahmed Sékou Touré est mort. Il en est de même que son successeur, le Général Lansana Conté qui ont toujours soutenu cette ligne. Mais force est de reconnaitre que près de 64 ans après l’indépendance de la Guinée, la fièvre qui consiste à dire que la « Guinée n’est pas  un pays d’autorité, mais un pays de liberté » n’est toujours pas retombée.

C’est dans ces circonstances que la Guinée a eu ces dernières années des Présidents qui sont proches de la France, pardon qui ont la nationalité française. Il s’agit de Alpha Condé et du Colonel Mamady Doumbouya. Ces responsables au sommet de l’Etat sont considérés à tort où à raison comme des « valets de la France » ou encore au « service de la France ».

C’est dans ces conditions que s’est tenu en France le  salon de l’armement. Et le Ministre délégué à la défense nationale,  Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le nom de « Idi Amin » a pris son avion pour la France. Ce voyage intervient dans  un contexte politique marquée par des « soupçons de confiscation du pouvoir » par le Colonel Mamady Doumbouya. Il n’en fallait pas plus pour que le  départ de Conakry pour la France  du Ministre délégué à la défense nationale,  Aboubacar Sidiki Camara soit interprété par de nombreux guinéens comme un moyen pour le Colonel Mamady Doumbouya de « livrer » la Guinée à la France pour mieux « garder le pouvoir ».

Mais pas que. En un temps où le Front National pour la Défense de la Constitution a appelé à la mobilisation générale pour exiger le retour à l’ordre constitutionnel, le voyage du Ministre délégué à la défense nationale,  Aboubacar Sidiki Camara est considéré par de nombreux observateurs  comme un voyage qui consiste à « armer l’armée guinéenne pour réprimer les manifestations  projetées par le FNDC et les politiques »

Le chef des armées, Aboubacar Sidiki Camara qui a effectué le voyage de Paris est sorti de son silence pour défendre son « fils et chef », le Colonel Mamady Doumbouya en ces termes : « Ces déclarations sont l’expression éloquente de l’ignorance de leurs auteurs sur les mécanismes qui régissent les relations internationales. Parce que pour un tel accord, ce n’est pas le Ministre délégué à la défense national qui le fait, mais plutôt le Ministère des Affaires étrangères. Ces accords pareils dans ces domaines sont ratifiés par l’Assemblée Nationale. Une Assemblée élue. Tel n’est pas le cas actuellement. Donc, ces communicants qui croient qu’un Ministre délégué à la défense nationale est chargé de signer de tel accord, montrent éloquemment qu’ils sont ignorants des mécanismes des relations internationales.

Deuxième élément, je considère que c’est une façon de chercher des poux sur une crane rasée. La République de Guinée depuis la nuit des temps, a eu la chance d’avoir les plus grands leaders historiques avant l’indépendance, qui n’ont jamais accepté la soumission, qui se sont défendus. Chaque région de la Guinée a eu un résistant. Donc, notre pays est particulier. De son indépendance en 1958 à nos jours, aucun pays n’a apporté un soutien de quelque nature que ce soit sur le sol guinéen pour la défense de notre patrie.

Déjà, lors de la crise du Congo qui a conduit à la mort de Patrice Lumumba, les troupes guinéennes étaient déjà au Congo. Ce sont les militaires guinéens qui ont conquis l’indépendance de l’Angola, de la Namibie, de la Mozambique, formé les soldats de l’Afrique du sud, libéré la Guinée Bissau, mis fin aux coups d’Etat et aux guerres civiles en Sierra Léone, au Liberia. Les militaires guinéens sont intervenus pour mettre hors d’état de nuire Bob Dinar au Benin. Alors, croire que nous pouvons apporter une base militaire sur notre territoire, c’est vraiment trop ridicule. La Guinée est le seul pays qui a eu affaire à une puissance occidentale qui a débarqué sur son territoire le 22 novembre 1970, elle a mis cette puissance hors de son territoire sans aucun apport étranger.

La Guinée est le seul pays qui a mis fin à une rébellion sur son territoire sans aucune troupe étrangère.

L’armée guinéenne est en communion avec son peuple. Il y a un élément caractéristique de la Guinée : le moral national. La Guinée est un pays guerrier, pas un pays belliqueux. Nous n’avons besoin de personne pour la défense de notre territoire national.

Il y a un principe que nous devons retenir. La diplomatie porte la voix de la politique intérieure à l’extérieure. Et l’armée assure la continuité de l’action diplomatique.

Si nous sommes présents aujourd’hui à Kidal, c’est la politique intérieure à travers le Ministère des Affaires étrangères qui  s’est engagée à participer au mandat de l’ONU à travers la Munisma. Quand on ignore ces principes-là pour aller inventer qu’un Ministre délégué est parti signer un accord pour installer une base militaire dans un pays qui a été historiquement guerrier, qui a fait  l’objet de toute sorte d’agression, de rétorsion, d’embargo mais qui a su résister, c’est vraiment ridicule. Donc, cela n’est pas à l’ordre du jour, ce n’est pas mon travail. Le président de la transition est clair : sa présence c’est pour restaurer l’autorité de l’État, le rayonnement de la Guinée ».

A propos, il faut dire que ces déclarations du Ministre délégué à la défense nationale, Aboubacar Sidiki Camara, alias Idi Amin sont loin de calmer les cœurs, encore de baisser la tension.

 

Almamy Kalla CONTE

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