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Simandou : le test grandeur nature d’un nouveau modèle de développement guinéen

Le projet minier de Simandou, considéré comme l’un des plus grands gisements de fer au monde, représente une opportunité stratégique majeure pour la Guinée. Pourtant, il suscite des inquiétudes quant à une possible reproduction de la « malédiction des ressources », observée dans plusieurs pays africains riches en minerais mais pauvres en retombées durables.

En tant que Guinéen, originaire de la région forestière qui abrite ce gisement, je ressens le devoir de contribuer activement au débat national sur le développement, en particulier autour de Simandou. Repenser le modèle de développement guinéen, à la lumière de cet enjeu, est devenu une nécessité à la fois stratégique, économique et sociale.

Ce plaidoyer s’inscrit dans cette dynamique. Il propose des pistes concrètes pour faire de Simandou un véritable levier de développement durable, équitable et souverain pour la Guinée.

Voici l’intégralité du plaidoyer à télécharger.

Repenser Simandou : Pour une rupture stratégique et un développement durable

Face aux risques d’une malédiction minière, la Guinée doit opérer une rupture stratégique profonde. Il ne s’agit pas seulement de corriger les erreurs du passé, mais de redéfinir le rôle de Simandou dans une vision nationale de développement équitable, souverain et durable.

1.Instaurer une gouvernance transparente et participative<span;> :

– Publier tous les contrats miniers et adhérer pleinement à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).
– Impliquer les collectivités locales dans les négociations, la gestion des revenus miniers et le suivi des impacts environnementaux et sociaux.

– Mise en place d’un observatoire national citoyen des marchés publics y compris locaux (ONACIM), avec droit de regard sur les procédures d’attribution

2. Assurer une redistribution équitable des revenus<span;> :

– A la différence d’un simple fond souverain, la Guinée doit remplacer tous les fonds miniers existants par la création d’un : Fond National pour l’Équité et le Développement Durable (FONEDD), un fonds unique et innovant visant à investir dans les générations futures, stabiliser l’économie face aux chocs des matières premières, et réduire les inégalités régionales, tout en garantissant une gestion indépendante, transparente et auditée par des institutions internationales.
– Imposer un contenu local fort : recrutement prioritaire de main-d’œuvre guinéenne, sous-traitance nationale, et transfert de compétences techniques exigeantes à travers une loi nationale.

3. Protéger les droits humains et l’environnement :

– Mettre en œuvre des mécanismes de consultation préalable, libre et informée (normes FPIC).
– Intégrer des clauses environnementales strictes dans tous les contrats et garantir des compensations justes pour les populations affectées.

une gestion indépendante, transparente et auditée par des institutions internationales.
– Imposer un contenu local fort : recrutement prioritaire de main-d’œuvre guinéenne, sous-traitance nationale, et transfert de compétences techniques exigeantes à travers une loi nationale.

4. Adopter une vision économique intégrée et souveraine<span;> :

– Utiliser Simandou comme catalyseur de diversification économique : développement de la sidérurgie locale, des services logistiques, de l’agriculture et des PME.

– Promouvoir une industrialisation progressive pour sortir de la dépendance aux matières premières brutes

5. Opter fortement pour une Décentralisation et autonomisation des collectivités locales et des régions

Repenser un nouveau modèle de décentralisation qui doit reposer sur une décentralisation effective, permettant aux régions et communes de concevoir et mettre en œuvre leurs propres plans de développement. Cela implique de transférer des compétences, des ressources financières et humaines aux collectivités locales, tout en renforçant leur capacité de gestion.

Conclusion : Le pari Simandou

Simandou incarne à la fois l’espoir et les dérives de l’exploitation minière en Afrique. Son avenir dépend d’une volonté politique forte, d’une gouvernance exemplaire et d’une vision de long terme. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), chargé de la transition, porte une responsabilité historique : faire de Simandou un levier de transformation nationale, et non une malédiction de plus.

La Guinée dispose des ressources, des compétences et des partenaires pour réussir. Elle doit cependant choisir entre la continuité des pratiques extractives prédatrices ou l’audace d’un nouveau modèle de développement, inclusif, équitable et durable.

Contribution citoyenne Fara Emile Tenguiano, Expert international en résilience, en politiques sociales et économiques, Ancien Directeur des relations communautaires de la société minière Nordgold Lero