Guinée : une boursière Fulbright mène une étude inédite sur l’excision
Mashoud Kaba, jeune Guinéenne diplômée en santé publique de la prestigieuse université Johns Hopkins (États-Unis), est de retour dans son pays dans le cadre du programme Fulbright pour l’année académique 2024-2025. Sa mission : mener une étude sur l’excision, une pratique encore très répandue en Guinée malgré son interdiction.
Depuis neuf mois, elle sillonne le pays pour comprendre les raisons qui poussent certaines femmes, appelées exciseuses, à perpétuer cette tradition. Sa démarche, peu conventionnelle, s’est voulue inclusive : « J’ai choisi de parler directement aux exciseuses, une population souvent stigmatisée et rarement consultée, car le sujet reste très tabou », explique-t-elle.
Comprendre pour mieux agir
Selon les témoignages recueillis, les exciseuses justifient leur pratique par des arguments culturels, religieux ou sociaux. « Elles considèrent que l’excision protège la sexualité des filles, assure leur dignité et la stabilité du mariage traditionnel guinéen », souligne Masoud Kaba. D’autres affirment que, sans excision, une femme risque d’être rejetée par son époux.
Mais au-delà de ces croyances profondément enracinées, la chercheuse note un malaise : « Beaucoup perçoivent les campagnes contre l’excision comme des initiatives imposées de l’extérieur, par les ‘toubabs’ ou les ‘fautés’. Pourtant, des Guinéens luttent aussi pour mettre fin à cette pratique. Il faut davantage valoriser ces voix locales. »
Une pratique traumatisante, même médicalisée
Interrogée sur la médicalisation de l’excision, Masoud Kaba se montre catégorique : « Même à l’hôpital, cette pratique reste une violence. Elle laisse des traumatismes durables. » Elle évoque sa propre expérience : « J’ai été excisée à l’âge de 8 ans. Je ne me souviens pas de grand-chose de mon enfance, mais ce jour-là, je ne l’ai jamais oublié. »
Pour elle, l’essentiel est d’éradiquer complètement la pratique. « On a besoin d’interventions culturelles, de sensibilisations communautaires et surtout de solutions portées par les Guinéens eux-mêmes. »
Encourager la jeunesse guinéenne à viser haut
Masoud Kaba a aussi un message pour les jeunes Guinéens : « Si vous rêvez de tenter l’expérience Fulbright, lancez-vous. N’ayez pas peur de postuler. Laissez le programme vous dire non, ne vous auto-censurez pas. » Elle raconte avoir failli renoncer à postuler, pensant que le programme était hors de sa portée. « Finalement, j’ai déposé ma candidature à la dernière minute. Aujourd’hui, je ne regrette rien. »
Engagée, elle accompagne désormais d’autres candidats : « Cette année, j’ai aidé trois personnes à postuler : deux aux États-Unis et une au Mali. Les anciens boursiers sont généralement très ouverts à partager leur expérience. »
Par Daouda Yansané
Guineelive.com
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