Le président de l’UFDG, Elhadj Cellou Dalein Diallo, a récemment affirmé que le colonel Mamadi Doumbouya, aujourd’hui Général, aurait juré sur le Coran qu’il ne participerait pas aux prochaines élections. Certes, ce dernier a clairement exprimé sa volonté de ne pas être candidat, mais a-t-il réellement prêté serment sur le Coran à cet effet ?
Après vérification, la VAR ne retrouve aucune trace d’un tel serment coranique. Ce qui ne signifie pas que le Général n’ait pas publiquement déclaré : « Ni moi, ni le CNRD, ni les membres du Gouvernement de transition ne seront candidats à quoi que ce soit. » Mais entre une déclaration politique et un serment sur le Livre sacré, il y a un fossé que seuls les faits permettent de franchir.
Il convient donc, par rigueur des faits, de rapporter ces propos dans leur exactitude. En Islam, le serment sur le Coran est un acte grave et solennel. Un musulman ne jure pas à la légère sur le Livre d’Allah. Et à ce jour, selon tous les recoupements disponibles, Mamadi Doumbouya ne l’a pas fait.
Par ailleurs, même si le projet de Constitution ouvre la voie à une éventuelle candidature, à ce jour le Général ne s’est plus officiellement prononcé sur sa volonté de briguer ou non la magistrature suprême. Certes, des signes sont perçus comme des prémices, mais faut-il pour autant anticiper un verdict politique sans preuve ? À défaut d’éléments irréfutables, le bénéfice du doute reste un principe démocratique approprié, surtout que poser sa candidature n’est, en soi, ni un délit ni un crime, aux termes de la future loi fondamentale appelée à être soumise au référendum.
Cela dit, si le Général devait se porter candidat, une exigence démocratique minimale s’imposerait : qu’il abandonne la tenue militaire au moins six mois, voire un an, avant l’élection, afin de garantir une compétition équitable, ouverte et crédible.
Quant aux partis politiques réunis au sein des Forces vives, s’ils sont convaincus que cette candidature est inéluctable, il serait temps de faire évoluer leur posture : passer de la suspicion stérile à l’anticipation stratégique. Ils gagneraient à intégrer l’organe technique indépendant prévu par le projet de Constitution pour encadrer le processus électoral, au lieu de s’enfermer dans un cycle de dénonciations sans lendemain. Et si la méfiance est telle que la confiance dans les mécanismes nationaux est rompue, rien ne les empêche de demander un encadrement onusien du processus. Car à force de camper exclusivement sur le registre des récriminations, ils risquent encore une fois d’être surpris au soir du scrutin, comme ce fut le cas dans un passé encore récent.
En 2010, malgré l’avance confortable de Cellou Dalein Diallo au premier tour de l’élection présidentielle, Alpha Condé a su renverser la tendance grâce à une stratégie efficace, sans se plaindre de son score initial. Il a agi, il a mobilisé, il a gagné, même si des critiques n’ont pas manqué. Le mur des lamentations n’a jamais produit de victoire électorale.
En politique, ce sont l’anticipation, la stratégie et l’action qui forgent les victoires. Pas les incantations ni les regrets post-électoraux.
Abdoulaye Sankara
