L’histoire du référendum en Guinée : pour les besoins de la cause, chaque dirigeant taille une constitution à sa taille !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la tradition démocratique est bien ancrée en Guinée. La colonisation française est passée par là. Cette histoire démocratique est intimement liée à l’évolution sociopolitique de la Guinée.
Ainsi, la France ébranlée par un vent de contestation provenant de ses colonies surtout d’Afrique proposa un référendum en 1958 pour permettre aux colonies de décider de leur avenir: Les Guinéens qui étaient déjà moulés dans le syndicalisme à cette date ont décidé de la rupture immédiate avec la France.
L’indépendance de la Guinée a été proclamée le 2 octobre 1958.
Le père de l’indépendance nationale et premier Président de la Guinée indépendante Sékou Touré mourra le 26 mars 1984. La constitution de l’époque désignait le Premier Ministre pour assumer l’intérim en cas de vacances du pouvoir.
Lansana Béavogui, premier Ministre de l’époque fut contesté ou pas contesté. C’est selon que l’on soit du côté des militaires qui ont pris le pouvoir ou du côté du PDG-RDA, parti au pouvoir au moment des faits.
Alors des militaires à leur tête Lansana Conté prennent la commande de la Guinée le 03 avril 1984.
Considéré comme le père de la démocratie guinéenne, le Colonel de l’armée au moment des faits après plusieurs années au pouvoir proposa un référendum constitutionnel en 1990. La nouvelle constitution qui est deuxième du genre dans l’histoire sociopolitique de la Guinée fut adoptée avec à la clef les bases du processus de démocratisation du pays.
Lansana Conté est considéré comme le père de la démocratie guinéenne.
Seulement voilà, après plusieurs années au pouvoir et deux mandats consécutifs, la Loi de l’époque lui ferma les portes d’un troisième mandat consécutif à la tête de la Guinée. Jusque-là adulé par ses compatriotes, Lansana Conté décida de garder le pouvoir. Et pour mettre la forme, il organisa le référendum constitutionnel de 2001.
Sur le sujet, il faut dire que cette modification constitutionnelle a été adoptée pour permettre à Lansana Conté de briguer un troisième mandat après ses deux mandats constitutionnels de 1993 et de 1998. Ainsi en 2003, il briguera un troisième mandat dans la contestation, puisque l’opposition avait boycotté le scrutin.
Le pays connaitra les balbutiements les plus folles de son histoire. Lansana Conté avec l’aide de ses lieutenants gouverna dans un contexte marqué par la maladie. Les lobbies autour de lui ont fini par prendre le pays en otage. La suite est connue avec des décrets et contre-décrets au sommet de l’Etat.
C’est dans ces circonstances que le bon soldat passa l’arme à gauche dans la nuit du 23 décembre 2008. *
Il n’en fallait pas plus pour que Un groupe de militaire à sa tête, capitaine Moussa Dadis Camara prend le pouvoir. Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. Voulant garder le pouvoir, les évènements du stade du 28 septembre à la date du même nom en 2009 viendront pour mettre fin au régime du capitaine Moussa Dadis Camara.
Puis arriva le général Sékouba Konaté dans la deuxième version de la transition. Konaté était considéré dans les faits comme l’homme fort du régime de Dadis.
Pour lier l’utile à l’’agréable, il mettra en place un Conseil National de Transition.
Ce CNT élabora selon des spécialistes de Droit et constitutionnalistes, l’une des constitutions les plus abouties de la Guinée. Avec le consentement de la classe politique, la nouvelle constitution n’avait pas été soumise au référendum. Elle a été adoptée directement par le CNT à la majorité des trois-quarts 3))4 puis promulguée par le Président de la Transition, général Sékouba Konaté.
Justement ce général de l’armée considéré comme un bon militaire vient de se mettre du mauvais côtés de l’histoire de la Guinée en soutenant la candidature d’un chef de la junte pour garder le pouvoir alors qu’il avait lui organiser des élections et quitter le pouvoir.
Pour la suite, Alpha Condé, considéré comme l’opposant historique arriva au pouvoir en décembre 2010 à l’issu d’une élection contestée par son challenger, Cellou Dalein Diallo.
Alpha Condé prenait à son tour goût au pouvoir. Et après deux mandats consécutifs, n’ayant pas de possibilité de s’offrir un troisième mandat, la Loi ne l’autorisant pas, Alpha décide alors de changer de constitution. D’où le référendum constitutionnel de 2020 pour lui permettre comme Lansana Conté en 2001 de briguer un troisième mandat. L’adoption de cette nouvelle constitution aura permis à Alpha Condé de se présenter pour un troisième mandat. Un changement de constitution sanglant avec à la clef des manifestations massives qui ont coûté la vie à plusieurs dizaine de Guinéens. Alpha Condé décida autrement pour rester à la tête de la Guinée.
L’opposition était vent debout contre le parjure de l’opposant historique. Il sera renversé le 05 septembre 2021 par un coup d’Etat avec un ancien légionnaire de l’armée française, Mamadi Doumbouya.
Quatre ans après le 05 septembre 2021, il faut dire que ce dernier aussi n’aurait rien compris de l’histoire sociopolitique de la Guinée. Il décide aussi de garder le pouvoir à son tour. Pour lier l’utile à l’agréable, il organise un référendum ce 21 septembre 2025. Ministres, hauts cadres et soutiens du chef de la junte sont tous dans le pays profond avec des espèces sonnantes et trébuchantes du contribuable guinéen pour battre campagne en faveur du Oui.
Des notes adressées aux Ministres par le chef du gouvernement Guinéen Bah Oury pour mettre fin à la dilapidation des fonds publics et le rappel à l’ordre pour que Ministres et cadres reviennent dans leurs bureaux désertés depuis des mois en sont de parfaites illustrations.
A propos, Molière a été très clair: « l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus »
A la lumière de ce qui précède, il faut dire que Mahatma Gandhi avait souligné avec justesse mais en vain pour le cas guinéen que : « la vraie grandeur d’un homme réside dans sa sincérité et sa capacité à être lui-même, peu importe les circonstances ».
Chaque dirigeant veut une constitution taillée à sa mesure et pour les besoins de la cause, tous les moyens sont bons. Tous les regards sont donc tournés vers le 21 septembre 2025.
Almamy Kalla CONTE pour Guineelive
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