Le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque Centrale de la République de Guinée a annoncé, suite à sa réunion du vendredi 26 septembre 2025, une mesure phare. Il a décidé d’abaisser le taux de réserves obligatoires 𝟵,𝟳𝟱% et le coefficient des réserves obligatoires à 𝟭𝟭,𝟳𝟱%
Cette décision intervient dans un contexte de 𝗰𝗿𝗶𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗶𝗾𝘂𝗶𝗱𝗶𝘁𝗲́ 𝗺𝗮𝗻𝗶𝗳𝗲𝘀𝘁𝗲, ce qui soulève des interrogations quant à son efficacité. Il convient de rappeler que la plupart des banques implantées en Guinée ne sont pas détenues par des capitaux guinéens. Les cadres de la BCRG, notamment ceux de la Direction des Études et de la Recherche, savent que la baisse du taux directeur n’impacte pratiquement pas les banques locales, qui se refinancent très peu auprès de la BCRG et dépendent surtout des dépôts des clients pour octroyer des crédits. Ces derniers se font rares, accentuant la tension sur le crédit.
L’une des rares fois où le CPM avait réduit le taux directeur, c’était peu avant le lancement de l’emprunt obligataire de 𝟱 𝟬𝟬𝟬 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗚𝗡𝗙 𝗲𝗻 𝘀𝗲𝗽𝘁𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟯. À cette période, le taux directeur avait été abaissé à 11 % et le coefficient des réserves obligatoires à 13 %, contre respectivement 11,5 % et 15 % au deuxième trimestre 2023. Cette expérience avait déjà montré que la mesure avait un impact limité sur le crédit à l’économie, illustrant la faiblesse du marché interbancaire guinéen et la dépendance des banques aux dépôts locaux.
Pour faire simple, le taux directeur correspond au taux auquel la Banque centrale prête aux banques commerciales et rémunère leurs dépôts. Théoriquement, sa baisse devrait encourager les banques à prêter davantage et stimuler la consommation et l’investissement. Mais dans le contexte guinéen, cette logique se heurte à plusieurs limites : les banques locales continuent de dépendre des dépôts, les taux d’intérêt pour les particuliers et les PME restent élevés (12 % et 13 % en moyenne), et l’accès au crédit reste difficile pour une grande partie de la population.
Le marché monétaire ne fonctionne pas comme il le devrait. Les banques utilisent principalement les ressources captées auprès de leurs clients pour distribuer des crédits de courte durée et ne sollicitent la BCRG que lorsque leurs fonds propres sont insuffisants. Ainsi, elles se refinancent à 9,75 %, alors qu’elles prêtent en moyenne à 12 % pour les particuliers et 13 % pour les PME, avec une TAF variant entre 5 % et 13 % selon la durée. La concurrence permet parfois d’observer des taux inférieurs à 10 %, mais cela limite la marge et ne résout pas le problème de liquidité.
Malgré ces contraintes, les banques guinéennes fournissent d’énormes efforts pour satisfaire leur clientèle. Sur un total de ressources de 𝟰𝟭 𝟬𝟬𝟬 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗚𝗡𝗙 𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟮𝟰, 𝟭𝟴 𝟱𝟬𝟬 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗼𝗻𝘁 𝗲́𝘁𝗲́ 𝗱𝗶𝘀𝘁𝗿𝗶𝗯𝘂𝗲́𝘀 𝘀𝗼𝘂𝘀 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗿𝗲́𝗱𝗶𝘁𝘀, soit environ 45 % des ressources. Néanmoins, le total des créances en souffrance a atteint 𝟭 𝟴𝟱𝟬 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗚𝗡𝗙, en légère hausse par rapport à 2023. Ces chiffres illustrent la tension entre la demande de crédits et les capacités réelles de prêt des banques.
La baisse du taux directeur peut donc ne pas relancer l’investissement privé dans ce contexte. Elle contribue surtout à réduire le coût de l’endettement de l’État sur le marché local, à travers les émissions de bons et obligations du Trésor. Cette politique monétaire est davantage favorable à la gestion des finances publiques qu’au financement de l’économie réelle.
De plus, la simple réduction des réserves obligatoires n’augmente pas significativement la liquidité disponible pour les banques. Pour que cette décision ait un réel impact, il faudrait encourager un recours plus systématique au refinancement auprès de la BCRG et chercher à réduire les taux d’intérêt sur le marché, tout en renforçant la gouvernance et la supervision bancaire. Le développement de marchés financiers locaux et la promotion de l’inclusion financière, notamment pour les PME et les zones rurales, pourraient également améliorer l’accès au crédit et soutenir l’investissement.
À l’origine, les réserves obligatoires ont été instituées pour protéger les épargnants et permettre aux banques de faire face aux retraits en période de panique financière. Une baisse de ces réserves améliore théoriquement la capacité de prêt, mais dans le contexte actuel de pénurie de dépôts, leur impact reste très limité.
En définitive, la décision du CPM traduit une volonté de soutenir la liquidité bancaire et de réduire le coût de financement de l’État. Mais tant que le marché interbancaire restera peu développé, que les banques dépendront majoritairement des dépôts et que les taux d’intérêt resteront élevés, la politique monétaire de la BCRG demeurera un instrument à portée limitée pour stimuler l’économie réelle.
Kind Regards
Bien Cordialement
𝗦𝗮𝗳𝗮𝘆𝗶𝗼𝘂 𝗗𝗜𝗔𝗟𝗟𝗢
Économiste.
