Guillaume Hawing a momentanément rangé poissons, chaluts et données halieutiques pour revenir à ses premiers amours, les sciences exactes et les phrases approximatives(Abdoulaye Sankara)
APPRENDRE AVANT DE SAVOIR
Épisode spécial Simandou-dollars… enfin ce qu’il en reste
L’ancien ministre de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation, le mathématicien Guillaume Hawing, aujourd’hui directeur du Centre national de surveillance et de police des pêches (CNSP), a momentanément rangé poissons, chaluts et données halieutiques pour revenir à ses premiers amours, les sciences exactes et les phrases approximatives. Il a aussi laissé de côté, le temps d’une illumination, “l’existence d’une infinie de nombres premiers jumeaux de la conjecture de Polignac”, pour expliquer aux Guinéens réunis ce vendredi 21 novembre 2025 au pays de Molière en France, précisément dans la Salle Prestige – Les piécettes de Paris, l’ambitieux Projet Simandou, qu’il a pris soin de distinguer du Programme Simandou 2040. Jusque-là, tout allait parfaitement bien. On écoutait, on suivait, même les poissons du CNSP étaient prêts à prendre des notes.
Puis, comme dans l’une de ses démonstrations de la trajectoire trigonométrique de la symétrie de l’angle obtus (respirez), le cerveau collectif de la salle a brusquement reçu un coup de compas sur la tempe. Tout a basculé lorsqu’il a lancé, radieux, triomphant, inspiré, hilare : « Les mines de Simandou convoitisent. »
Là, il faut reconnaître que la phrase donne le vertige. On dirait un exercice de fin d’année pour torturer des élèves de 5e année. C’est curieux, c’est audacieux, mais grammaticalement, ce n’est pas loin de la frontière du chaos. Un peu comme si Pythagore avait essayé d’expliquer la racine carrée d’un poisson-bonga.
Et c’est précisément pour éviter ce type de « kpaaftage » linguistique – surtout au pays de Molière – que la rubrique « Apprendre avant de savoir », à la veille de la campagne pour l’élection présidentielle, se permet d’offrir — gratuitement, sans facture, sans commission, sans Simandou-dollars — un rappel élémentaire à tous ceux qui, comme le sieur Hawing, auront à défendre le projet de société du candidat Mamadi Doumbouya fondé en grande partie sur le Projet Simandou, catalyseur du Programme Simandou 2040.
Eh bien, très cher, la phrase « Les mines de Simandou convoitisent » n’est correcte ni grammaticalement ni sémantiquement. Pas du tout même. Ce n’est pas une question d’opinion, c’est une question de grammaire, et la grammaire a également des droits. Le verbe convoiter est transitif, donc il attend quelque chose. On ne peut pas convoiter dans le vide. Et surtout, ce ne sont pas les mines qui convoitent, sauf si demain on découvre que les gisements ont développé des ambitions personnelles, qu’ils veulent prendre la parole en public ou s’inscrire à un concours de beauté.
Dans la vraie vie, les mines ne convoitent rien et ne “convoitisent” rien non plus. Elles sont convoitées par des acteurs humains, politiques, financiers, diplomatiques, industriels, parfois même mystiques, qui les regardent comme on regarde une bassine de riz gras après un jeûne de deux jours.
La prochaine fois, Monsieur Hawing, dites simplement que les mines de Simandou sont convoitées, ou que les mines de Simandou suscitent des convoitises. Pourquoi pas qu’elles attirent de nombreuses convoitises, ou encore qu’elles font l’objet de fortes convoitises. C’est simple, élégant, efficace, et ça ne déclenche pas une crise nationale de synapses.
Vous avez été élève avant d’être enseignant, mathématicien reconnu en Guinée et ailleurs (kaa ?), avant d’être ministre chargé de l’avenir linguistique de nos mômes. Vous avez donc forcément croisé un jour, quelque part entre deux démonstrations vertigineuses, le trio sacré sujet verbe complément, ainsi que la règle simple selon laquelle une phrase doit avoir un sens. C’est exactement ce qui a manqué à votre « Les mines de Simandou convoitisent », qui ressemble plus à une équation orpheline qu’à une construction grammaticale. Il suffit pourtant de dépoussiérer ces bases, comme on retrouve un vieux manuel coincé entre deux équations récalcitrantes, et tout redevient clair… même sans calcul différentiel.
Comme d’habitude, la rubrique « Apprendre avant de savoir » reste gratuite, sans subvention, sans pot-de-vin lexical et surtout sans le moindre Simandou-dollar. Ici, le seul minerai que nous exploitons, c’est la connaissance. Et cela demeure gratuit. Pour l’instant, bien sûr, car il faudra bien que le ministre Jean Paul Cedy pense à inscrire cette rubrique dans la programmation budgétaire du département de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation, ou alors l’intégrer quelque part dans le deuxième pilier du Programme Simandou 2040.
Abdoulaye Sankara
