Procès Bangoura : l’ex-patron de la Cour constitutionnelle face aux lourdes accusations de détournement et d’enrichissement illicite
Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle de Guinée, Mohamed Lamine Bangoura, se poursuit devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), où il répond de lourdes accusations liées à la gestion de fonds publics.
Poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité, l’ancien haut magistrat comparaît dans une affaire à fort retentissement qui ébranle l’appareil judiciaire guinéen. L’État, représenté par l’Agent judiciaire et par Lancinet Kanko Kourouma, s’est constitué partie civile.
Trois coaccusés en fuite
Placé sous mandat de dépôt le 15 décembre 2022 et détenu à la maison centrale, Mohamed Lamine Bangoura est actuellement le seul prévenu présent à la barre. Ses coaccusés – Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry – sont en fuite. Un mandat d’arrêt a été émis à leur encontre le 7 novembre 2025.
Une défense méthodique à la barre
Face à la Cour, présidée par le juge Yagouba Conté, l’ancien président de la Cour constitutionnelle a longuement répondu aux questions du ministère public. Dans un ton direct, parfois ferme, il a réfuté plusieurs accusations tout en reconnaissant certains éléments liés à la gestion financière de l’institution.
Mohamed Lamine Bangoura a notamment évoqué les fonds mobilisés lors des scrutins organisés durant son mandat. Selon lui, il ne s’agissait pas de « fonds spéciaux », mais de « fonds d’accompagnement » destinés aux élections référendaires, législatives et présidentielle. Il affirme avoir reçu cinq milliards de francs guinéens pour l’organisation de ces opérations électorales.
L’ancien magistrat a également détaillé sa rémunération et celle des membres de l’institution. Il indique avoir perçu 21 millions de francs guinéens mensuels en tant que membre, puis 75 millions en qualité de président, soit, selon lui, le double du salaire des ministres à l’époque. Il précise avoir exercé six ans à la Cour constitutionnelle : un an comme membre, deux ans comme vice-président et trois ans comme président.
Gestion budgétaire : « Je n’étais pas seul décideur »
Au cœur des débats figure la gestion du budget de la Cour constitutionnelle, évalué à 20 milliards de francs guinéens par an, avec des versements trimestriels de 1,2 milliard. Mohamed Lamine Bangoura soutient que les décaissements étaient encadrés par un comité de trésorerie institué par décret, composé d’un président, d’un trésorier et d’un directeur administratif et financier.
Il affirme s’être retiré de ce comité pour éviter tout conflit d’intérêts, ses membres étant, selon lui, d’anciens étudiants. « Après validation du procès-verbal, je n’intervenais plus dans aucune décision », a-t-il assuré, cherchant à démontrer qu’il n’était pas l’unique responsable des opérations financières.
L’accusation évoque notamment un décaissement de neuf milliards de francs guinéens au ministère du Budget au profit du personnel, ainsi qu’une réduction des salaires des greffiers. Des faits que l’ancien président rejette catégoriquement.
Contrats, patrimoine et acquisitions
Interrogé sur des contrats estimés à 11 milliards de francs guinéens, Mohamed Lamine Bangoura a expliqué que le contrat initial s’élevait à huit milliards lors de sa prise de fonction, avant d’être révisé à la hausse en raison d’une augmentation du loyer, conformément, selon lui, aux clauses prévues.
Il a également évoqué l’intervention de l’entreprise publique GUICOPRES dans la rénovation du bâtiment de la Cour, affirmant que le mobilier avait été entièrement renouvelé.
Sur son patrimoine personnel, l’ancien magistrat a livré plusieurs précisions. Il déclare posséder deux duplex à Nongo, financés en partie par ses revenus, ainsi qu’un immeuble à Dakar acquis entre 2018 et 2019 grâce à un prêt contracté auprès d’Afriland Bank. Il mentionne également la vente d’un immeuble familial à Paris et précise que certains domaines situés entre la prison civile de Coyah et Wonkifong appartiennent à sa famille, dont il serait l’administrateur. Un immeuble à Dubréka serait, quant à lui, la propriété de son épouse et de sa belle-mère.
Il a enfin rappelé qu’il n’y avait pas de « fonds spéciaux » en dehors des périodes électorales et soutient qu’en tant que magistrat, il s’occupait exclusivement des questions juridiques.
Prochaine audience en mars
Après plusieurs heures de débats marqués par des déclarations détaillées de l’accusé, la CRIEF a renvoyé l’affaire au 2 mars 2026 pour la poursuite des audiences.
Ce procès, suivi de près par l’opinion publique, pourrait constituer un tournant dans la lutte contre la corruption en Guinée.
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