Car le problème, ce n’est pas ce que dit le gouvernement. C’est ce qu’il fait. Et surtout ce qu’il ne veut pas qu’on dise.
Disparition mystérieuse du journaliste Marwane Camara, fermeture arbitraire de médias, accès limité à l’information, précarisation financière des organes trop critiques, climat d’intimidation qui pousse à l’autocensure : voilà les réalités qui minent la liberté de la presse en Guinée. Des réalités que ne saurait effacer une plateforme numérique aussi centralisée soit-elle, ni quelques points de presse institutionnels calibrés.
Confondre communication gouvernementale et liberté de la presse est une erreur – ou une stratégie. Car si les ministres parlent régulièrement, c’est surtout pour contrôler le récit. Or, la liberté de la presse ne consiste pas à relayer les discours officiels, mais à pouvoir les interroger, les critiquer, les contredire, sans craindre d’en payer le prix.
Il est facile de proclamer qu’aucun texte ne limite les journalistes, mais il est plus difficile d’admettre que tout un climat – politique, économique et judiciaire – suffit à les faire taire. Le silence ne vient pas toujours d’un ordre. Parfois, il naît de la peur. Et celle-ci, en Guinée, gagne dangereusement du terrain.
Alors oui, il y a un gouffre entre les réformes brandies par le pouvoir et le vécu quotidien des professionnels de l’information. Tant que ce gouffre persistera, tant que les journalistes ne seront ni protégés ni soutenus, tant que la critique dérangera plus qu’elle ne nourrira le débat, la liberté de la presse restera une promesse creuse. Et les classements internationaux, fussent-ils imparfaits, continueront de révéler ce que les communiqués tentent d’occulter : que la liberté ne se mesure pas à ce que l’État dit d’elle, mais à ce que les journalistes peuvent en faire.
Source: Guinee7