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Simandou n’est pas un coffre-fort vidé de 20 milliards de dollars 

Quand on veut instruire la jeunesse, encore faut-il que la leçon soit juste… et que le maître ne confonde pas un devis avec un reçu de caisse.
En criant haut et fort que : « Nous avons injecté 20 milliards de dollars dans le projet Simandou », un ancien ministre du CNRD, plus porté sur les mathématiques que sur l’économie minière, a cru éclairer des jeunes sur la grandeur du projet. En réalité, il les a plongés dans un flou épais comme la poussière de l’harmattan sur une route de latérite.
Mettons donc un peu d’ordre dans les chiffres, avant que les milliards ne se transforment en kpaaftage pédagogique.
1.) 20 milliards de dollars, ce n’est pas un chèque déjà encaissé
Le montant d’environ 20 milliards de dollars n’est pas de l’argent déjà « injecté » dans Simandou comme le croit cet ancien ministre. Il s’agit d’une estimation globale du coût total du projet :
– la mine de fer dans les montagnes du Simandou,
– un chemin de fer de 650 kilomètres,
– un port minéralier en eau profonde,
– des infrastructures logistiques, énergétiques et industrielles autour du projet.
Autrement dit, ce chiffre représente tout ce qu’il faudra, sur plusieurs années, pour que le projet fonctionne à plein régime. Ce n’est pas une valise déposée quelque part à Conakry, ni à Kérouané, ni dans un coffre secret.
2.) Non Monsieur, l’État guinéen n’a pas sorti 20 milliards de dollars de son compte bancaire
Si la Guinée avait réellement déjà « injecté » 20 milliards de dollars dans Simandou, nous ne parlerions pas d’un projet minier, mais d’un miracle biblique version Bourse mondiale.
En réalité « Excellence » Monsieur l’ancien ministre, le financement est structuré ainsi :
– une partie vient de capitaux privés étrangers, c’est-à-dire les entreprises minières partenaires (Rio Tinto, groupes chinois via CIOH / WCS, etc.)
– une partie vient de financements extérieurs et d’emprunts,
– et l’État guinéen participe en tant qu’actionnaire, avec une part bien définie dans le capital du projet, et non pas en tant que seul payeur automatique.
C’est ce qu’on appelle un montage financier complexe et partagé, pas un don personnel ou un sacrifice national de 20 milliards en liquide.
3.) Confondre “coût estimé” et “argent déjà investi”
Le faire, c’est comme dire que « Ma maison vaut 100 millions » alors que la fondation n’est pas encore coulée et que tu n’as même pas acheté le ciment.
Dire que « 20 milliards ont été injectés dans Simandou », c’est confondre le coût total prévisionnel d’un projet avec de l’argent déjà dépensé par l’État ou ses partenaires.
Ce n’est pas la même langue, ce n’est pas le même dictionnaire, et surtout pas la même vérité.
4.) Il faut tout de même un peu de sérieux en matière de communication car Simandou est grand, mais pas magique
Oui, Simandou est l’un des plus grands projets miniers et d’infrastructures d’Afrique.
Oui, il peut transformer l’économie guinéenne sur des décennies.
Mais non, la Guinée ‐ ni ses partenaires d’ailleurs – n’a pas encore « lâché » 20 milliards de dollars là-dedans comme on achète du pain au marché.
Parler avec précision, c’est aussi respecter l’intelligence de la jeunesse à qui on prétend donner des leçons.
« Apprendre avant de savoir », c’est votre rubrique 100% gratuite, sans Simandou-dollars !
Avant d’annoncer des milliards de dollars avec la poitrine gonflée, il faut d’abord apprendre la différence entre un investissement engagé ; un coût estimé ; et un montage financier partagé.
Cette rubrique étant gratuite et totalement indépendante, aucun Simandou-dollar n’a été utilisé pour sa rédaction. Pas même un Simandou-centime. Mais l’avantage, c’est que, ici au moins, la richesse, c’est la précision.
À la prochaine leçon d’« Apprendre avant de savoir ». Et, s’il vous plaît, ramenez vos calculatrices avant de ramener vos milliards.
Abdoulaye Sankara