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La démocratie ne développe pas un pays, mais la Chine n’est pas un bon exemple (Me Mohamed Traoré)

La démocratie ne développe pas un pays, disent certains. C’est une manière implicite d’exprimer une certaine préférence pour l’autocratie, la dictature, l’autoritarisme. Ils prennent exemple sur la Chine ou Singapour notamment.
Ainsi, la dictature ou une certaine dictature serait plus favorable au développement. En partant de ce raisonnement, on pourrait se demander à juste raison pourquoi les pays africains et ceux de l’Amérique Latine ne sont pas les plus développés ou parmi les plus développés au monde. Beaucoup de ce pays n’ont jamais connu une véritable démocratie.
Il existe bien dans ces pays des constitutions qui consacrent les principes démocratiques et les droits de l’homme, des institutions supposées être indépendantes et des élections y sont organisées à des intervalles plus ou moins réguliers.
Mais c’est purement formel. On pourrait même parler de « mirage démocratique » ou de « fiction démocratique ». Ils sont dirigés d’une main de fer par un homme, un groupe d’hommes, un clan ou une famille. Les libertés fondamentales y sont piétinées et toutes les règles démocratiques sont foulées aux pieds. Ces pays sont pourtant en queue de peloton pour ce qui est du développement économique.
Avant de pointer un doigt accusateur sur la démocratie, il faut se demander au préalable si  celle-ci a véritablement eu droit de cité dans la plupart des pays d’Afrique en particulier. Il ne s’agit bien évidemment pas seulement de la démocratie électorale à laquelle beaucoup réduisent la démocratie. C’est bien plus que cela même si les consultations électorales et référendaires restent la base de la démocratie.
En définitive, si la démocratie ne développe pas un pays, c’est qu’elle n’est pas une démocratie effective. Et il n’est pas certain non plus que ce soit la dictature qui assure le développement d’un pays. En tout cas, qui dit démocratie, dit en même temps respect des droits et libertés des citoyens et libération de leur énergie créatrice.
On pourrait objecter en affirmant que les grands pays démocratiques n’ont pas toujours été des démocraties ; ils ont été dirigés pendant une certaine époque de leur longue histoire par des « hommes forts » – très souvent des militaires – qui auraient posé les bases de leur développement avant qu’ils n’embrassent le système politique qu’est la démocratie. C’est comme si l’on disait que si ces pays avaient été des démocraties dès le départ, ils n’auraient pas connu le niveau de développement qui est le leur aujourd’hui. Or, de très nombreux pays africains ont vécu pendant longtemps dans un  système autocratique. La question serait alors de savoir pourquoi les bases du développement n’ont-elles pas été posées plus de 60 ans après les indépendances ?
Ce qui est paradoxal, c’est le fait de citer l’exemple de la Chine sans pour autant faire comme elle en terme d’investissements dans les domaines de l’éducation, de la technique, de la technologie, des infrastructures, de rigueur dans la gestion des ressources publiques et donc de lutte contre la délinquance économique et financière. L’exemple chinois sert juste à justifier les restrictions des droits et libertés des citoyens.
En fin de compte, l’Afrique, de manière générale, n’a ni la démocratie ni le développement . On sacrifice l’une sans assurer l’autre.Tel est le triste visage du continent noir. Triste surtout pour ses citoyens