Bann728x90

RPG suspendu: Alpha Condé écrit à Mamadi Doumbouya 

𝐀𝐥𝐩𝐡𝐚 𝐂𝐨𝐧𝐝𝐞́: 𝐥’𝐢𝐧𝐞́𝐯𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫.
À Conakry, les masques tombent aussi vite que les promesses du 5 septembre 2021. Sous le ciel plombé de la presqu’île de Kaloum, l’euphorie feinte des premiers jours a laissé place à une amertume de fiel. Le « sauveur » en treillis, le colonel-président Mamadi Doumbouya, qui jurait la main sur le cœur que la justice serait la boussole de la Transition, semble aujourd’hui avoir perdu le nord, le sud, et jusqu’à la carte de son propre destin.
Pendant ce temps, à Istanbul ou ailleurs, une ombre portée continue de hanter les nuits du Palais Mohammed V : celle du Professeur Alpha Condé.
On nous avait promis le renouveau ; nous avons le surplace. On nous avait promis la liberté ; nous avons les ondes brouillées, les réseaux sociaux muselés et les libertés publiques mises sous boisseau. Le bilan du CNRD, après plus de trois ans d’exercice solitaire du pouvoir, ressemble à un inventaire à la Prévert version tragique. En croyant enterrer le « système Condé », Doumbouya n’a fait qu’exhumer les vieux démons de l’autoritarisme, le panache en moins, l’expérience en déficit.
Le peuple de Guinée, dont on connaît l’allergie aux impostures de longue durée, commence à faire ses comptes. Et le calcul est cruel pour les putschistes. Car, derrière la rhétorique du « redressement national », le moteur économique guinéen tousse, privé du souffle et de la vision de celui qui l’avait, dix ans durant, remis sur les rails de la croissance mondiale.
Car n’en déplaise aux contempteurs professionnels du « Professeur », les faits sont têtus. Qui a transformé la Guinée en puissance minière de premier plan, multipliant par quatre la production de bauxite ? Qui a eu l’audace de lancer les mégaprojets de Souapiti et Kaléta, sortant le pays de l’obscurité séculaire ? Qui, enfin, a su tenir tête aux géants de la finance internationale pour imposer le respect de la souveraineté nationale ?
Alpha Condé n’était pas seulement un président ; il était un bâtisseur au long cours, un animal politique dont la résilience forçait le respect, même chez ses adversaires les plus acharnés. Sous son magistère, la Guinée existait sur la scène internationale, portée par la voix d’un panafricaniste historique qui ne s’en laissait pas conter par les chancelleries occidentales. Aujourd’hui, Conakry s’isole, se replie et se crispe.
L’histoire africaine est riche de ces retours de flamme que personne n’avait vus venir, ou que beaucoup préféraient ignorer. Le vide laissé par le Professeur n’a jamais été comblé, ni par la force des baïonnettes, ni par les incantations médiatiques. On ne remplace pas une légitimité historique par un décret, fût-il de transition.
Le sentiment qui prédomine aujourd’hui, de Madina à Kankan, est celui d’une immense méprise. Les Guinéens ont compris qu’ils avaient échangé un bâtisseur exigeant contre un mirage en uniforme. L’usure du pouvoir, qui fut le talon d’Achille de Condé, semble être devenue le point de départ de son retour.
Il ne s’agit plus de savoir si le Professeur reviendra, mais quand le poids de son bilan et l’évidence du désastre actuel rendront sa présence inévitable. En politique, le temps est un juge de paix. Et pour Alpha Condé, l’heure de la réhabilitation, et peut-être celle du retour au bercail par la grande porte, semble avoir sonné. Le sphinx guinéen n’a pas dit son dernier mot.