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Matam : des bureaux de vote sous l’ombre de Sidya Touré ?

Contrairement aux premières déclarations de la Directrice générale des élections (DGE), la présidentielle du dimanche 28 décembre n’a pas connu une forte affluence dans plusieurs bureaux de vote, selon de nombreux observateurs.

Dans la commune de Matam, considérée comme un fief de l’opposant en exil Sidya Touré, les centres de vote sont restés quasiment déserts tout au long du scrutin. Une situation qui contraste avec les chiffres officiels annoncés par la DGE, laquelle évoque un taux de participation compris entre 50 et 60 % à l’échelle nationale.

Sur le terrain, les constats sont tout autres. À Matam, l’engouement n’était visiblement pas au rendez-vous. Les électeurs se faisaient rares et, selon un délégué rencontré dans un bureau de vote, les votants arrivaient « au compte-gouttes ».

Ce manque de mobilisation alimente les analyses selon lesquelles l’ombre de Sidya Touré planerait toujours sur cette importante commune de la capitale, malgré les appels répétés à voter en faveur du chef de la junte. Des consignes relayées notamment par le maire de Matam, Bâdta Koné, lui-même ancien militant de Sidya Touré.

Par ailleurs, le candidat Dr Faya Milimono s’est montré très sceptique quant au bon déroulement du scrutin. Devant la presse, il a dénoncé de nombreuses irrégularités dès l’ouverture des bureaux de vote.

« Ce que je peux dire, c’est que depuis ce matin à 7 heures, après l’ouverture des bureaux de vote, nous avons reçu des informations en provenance de l’intérieur du pays montrant que les choses ont mal commencé. Des militants de mon parti ont été menacés. Dans certaines préfectures, les démembrements de la DGE ont exigé que tous les ordres de mission soient visés par les directeurs des élections, alors que cela n’est prévu ni par la loi ni par le Code électoral », a-t-il déclaré.

Le candidat du Bloc Libéral a également évoqué des difficultés logistiques majeures, notamment à Guéckédou, où plus de 400 bureaux de vote étaient concernés, rendant matériellement impossible la validation de milliers d’ordres de mission à moins de 24 heures du scrutin.

Poursuivant ses accusations, Dr Faya Milimono affirme avoir dû intervenir personnellement auprès de la Directrice générale des élections, laquelle aurait contacté la directrice préfectorale de Guéckédou. Cette dernière lui aurait indiqué agir sur instruction du secrétaire général de la préfecture.

« Ce secrétaire général, un certain Kondiano, a fait preuve d’un zèle excessif. Il a même fait disperser des formations apolitiques simplement parce qu’un vice-président du Bloc Libéral y était présent », a-t-il dénoncé.

Selon lui, des cas similaires ont été signalés à Conakry, notamment à Gbessia Port 2, où un délégué de son parti aurait été expulsé d’un bureau de vote pour un ordre de mission non visé. À Youmou, il accuse le président d’un bureau de vote d’avoir accompagné des électeurs dans l’isoloir pour les orienter vers le candidat Mamadi Doumbouya, avant d’expulser son délégué lorsque ce dernier a protesté. Des faits comparables auraient également été observés à Bolodou.

Ces différentes allégations viennent jeter une ombre supplémentaire sur la crédibilité du scrutin, déjà marqué, selon plusieurs observateurs, par une faible mobilisation des électeurs dans certaines zones stratégiques de la capitale.

Alkhaly Condé