Abdoulaye Yéro Baldé a-t-il « triché » en s’appropriant les tactiques politiques apprises auprès de son ancien mentor, le professeur Alpha Condé ? Beaucoup le pensent et ils ne sont pas nécessairement dans l’erreur. En acceptant de se présenter à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, dans un contexte que chacun connaît, alors même que l’ancienne classe politique avait choisi le boycott, le leader du Frondeg savait pertinemment qu’il n’avait, en apparence, aucune chance de l’emporter face à Mamadi Doumbouya. Et pourtant, il s’est lancé.
Relativement peu connu du grand public, en dehors de cercles d’initiés et de certains milieux intellectuels, Abdoulaye Yéro Baldé a réalisé en l’espace d’un mois une percée remarquable. Il a réussi à se faire connaître et à gagner en popularité, à la fois par la cohérence de sa campagne et par la curiosité qu’il a suscitée. Cette curiosité a poussé une partie de l’opinion à fouiller son parcours pour comprendre qui il est réellement.
À ce niveau, et sans entrer dans les dessous de cartes qui existent forcément, le public a découvert un ancien ministre qui avait choisi de démissionner plutôt que de cautionner la perspective d’un troisième mandat controversé de son mentor. Beaucoup ont également été agréablement surpris par son passage de plus de quatre ans à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, marqué par des réformes jugées sérieuses et structurantes. Sur le papier, cet économiste de 60 ans dispose donc d’un capital politique et moral loin d’être négligeable.
Formé à l’école politique du professeur Alpha Condé, Abdoulaye Yéro Baldé a aussi su tirer profit d’un contexte particulier. La classe politique traditionnelle est aujourd’hui perçue par de nombreux militants comme has-been, tandis qu’émerge un besoin de figures nouvelles, plus jeunes ou du moins perçues comme telles, à l’image d’Aliou Bah ou de Siaka Barry. Cette même vieille classe politique, sentant le danger, l’a rapidement renié, le présentant comme un supposé homme de main de Mamadi Doumbouya chargé de donner une façade de crédibilité au scrutin. En conséquence, elle a appelé ses militants à ne pas voter, et encore moins à voter pour lui. C’est politique, et donc de bonne guerre.
Arrivé deuxième du scrutin, derrière Mamadi Doumbouya et devant un Faya Millimono pourtant plus connu du grand public, la question demeure entière. Abdoulaye Yéro Baldé était-il réellement un instrument du pouvoir en place ou s’est-il dit qu’en l’absence des poids lourds traditionnels, une fenêtre d’opportunité s’ouvrait pour lui ? Cette seconde hypothèse n’est pas absurde. Elle a d’ailleurs failli se vérifier récemment en Guinée-Bissau, où la victoire écrasante de Fernando Dias face au président sortant Umaro Sissoco Embalo avait débouché sur un coup de force militaire aussi maladroit que ridicule.
Qu’il ait servi de levier politique à Mamadi Doumbouya ou qu’il ait simplement tenté sa chance, Abdoulaye Yéro Baldé peut revendiquer un mérite indéniable. En un mois, il a réussi à se hisser au rang de figure nationale, là où d’autres peinent pendant des décennies à sortir de l’anonymat. Quoi qu’on en dise, il compte désormais dans le paysage politique guinéen.
Reste à savoir si cette ascension marque le début d’un parcours durable ou s’il ne s’agira que d’un épiphénomène de plus. Tout dépendra de ses choix futurs et de sa posture politique à venir. Dans cette jungle politique sans état d’âme, une règle demeure implacable. En ce sens que plus vite on s’élève sans bases solides, plus dure peut être la chute. Et elle ne fait jamais de cadeaux.
