X̌#Avec la démission du Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah et celle de son gouvernement, l’attente se concentre sur le visage de la prochaine équipe. Pendant ce temps, les grenouillages s’intensifient, les marabouts sont sollicités et les coups bas se multiplient, dans une ambiance où chacun avance ses pions sans scrupule. C’est dans ce climat qu’est apparue une rumeur, relayée par des publications, selon laquelle le vice-président de l’UFDG, parti connu de l’opposition au sein des Forces vives de Guinée, Dr Fodé Oussou Fofana, aurait été contacté pour une éventuelle entrée au prochain gouvernement. Se disant outré par cette affirmation, il a tenu à faire la mise au point suivante, tout en avertissant les auteurs et les relais de ces propos qu’ils s’exposent à des poursuites :
« Je tiens à apporter un démenti formel à la publication circulant sur les réseaux sociaux faisant état d’un prétendu « appel » qui m’aurait été adressé pour une nomination ministérielle, ainsi que d’un quelconque « rejet » de ma part.
Cette information est totalement fausse, infondée et mensongère.
Aucune proposition ne m’a été faite, aucun appel n’a eu lieu, et aucune démarche de cette nature n’a existé.
Je rappelle que l’intoxication, la manipulation de l’opinion et la désinformation constituent des dérives graves qui portent atteinte à l’honneur des personnes et à la crédibilité du débat public.
En conséquence, je me réserve expressément le droit d’engager des poursuites pénales contre les auteurs, coauteurs et complices de cette fausse information, conformément aux lois en vigueur en République de Guinée relatives à la diffamation, à la propagation de fausses nouvelles et à l’atteinte à l’honneur et à la considération des personnes.
Je demande aux auteurs et relais de cette publication de cesser immédiatement la diffusion de ces fausses informations et d’en assumer les conséquences juridiques et morales.
Dr Fodé Oussou Fofana
Vice-président de l’UFDG »
Il faut croire qu’au moment où des consultations discrètes s’opèrent pour la formation du prochain gouvernement et la désignation d’un nouveau Premier ministre, avec des voix qui souhaitent voir ce choix se porter cette fois-ci vers la Basse Guinée, les coups de Jarnac ne manqueront pas. Des profils seront exposés à l’opinion par le biais de rumeurs afin de les affaiblir, même lorsqu’ils n’ont rien demandé. L’objectif, comme on le dit trivialement, consiste à leur « barrer carrément la route ». Originaire de Kindia en Basse Guinée, Fodé Oussou Fofana a-t-il été visé pour cette raison ? Tout porte à le penser à la lumière de ces manœuvres. Il correspond, par bien des aspects, à ce que certains décrivent comme un profil acceptable, d’autant que dans son discours d’investiture, le président Mamadi Doumbouya a tendu la main à tous les Guinéens, de quelque bord politique qu’ils soient, pour « bâtir ensemble la Guinée ». Membre d’un parti opposé à la mouvance au pouvoir, intellectuel reconnu, il figure parmi les rares responsables politiques bénéficiant d’une image plutôt consensuelle au sein de l’opinion publique. De quoi nourrir des projections, fondées ou fantasmées. Soit son nom a été évoqué dans des cercles fermés, soit des personnalités ou hommes politiques ont, par leurs propres lectures, estimé qu’il pourrait être retenu. Dans l’un comme dans l’autre cas, la mécanique de la rumeur s’active pour empêcher toute percée.
Sauf que l’intéressé, comme il l’a rappelé dans le démenti ci-dessus, n’a jamais été approché et n’a donné aucun accord. Et quand bien même une telle situation se serait présentée, ce qui reste très peu plausible, ceux qui connaissent l’homme savent qu’il n’irait pas le crier sur tous les toits publics. Si une fuite a été organisée, c’est justement parce que certains redoutent une option qui irait pourtant dans le sens de l’appel du président à rassembler au-delà des clivages. En l’état, Fodé Oussou Fofana n’a reçu aucun signal et demeure fidèle à la ligne de son parti, tel qu’il l’a toujours affiché.
Il faut cependant reconnaître que la manœuvre a été suffisamment appuyée pour pousser un homme réputé posé à sortir de sa réserve et à brandir la menace de poursuites. Et le cas Fodé Oussou n’annoncera sans doute pas la fin de ce type de scénarios. Tant que la nomination d’un Premier ministre et la composition du gouvernement tarderont, d’autres noms seront jetés en pâture, des dossiers réels ou fabriqués ressortiront, des cadavres existants ou pas bondiront des placards, des marabouts et vaudous seront appelés à la rescousse pour « neutraliser » des rivaux, dans une surenchère où la rumeur tient lieu d’arme politique.
C’est pourquoi, au regard de la paralysie administrative observée bien avant la démission d’un gouvernement dont le départ était attendu, et face à cette atmosphère de soupçons et de coups tordus, le président Mamadi Doumbouya gagnerait à mettre un terme à cette agitation en procédant rapidement aux nominations. Plus l’attente se prolonge, plus le champ est laissé aux intrigues, et plus le débat public s’enlise dans des querelles stériles. Même si l’intérim semble arranger certains, le pays, lui, attend de sortir de cette zone d’ombres pour renouer avec une dynamique lisible et apaisée.
Abdoulaye Maco
