Emploi des diplômés : un système éducatif en question

Le constat dressé par Dre Diaka Sidibé est sans appel : chaque année, les universités forment plus de 15 000 diplômés, mais seule une minorité parvient à accéder à un emploi à l’issue de ses études. Une situation préoccupante qui met en lumière les limites structurelles du système éducatif.

Pour de nombreux observateurs, ce déséquilibre révèle un problème plus profond. Parmi les causes avancées figure la langue d’enseignement. En effet, l’apprentissage se fait majoritairement dans des langues étrangères, souvent éloignées des réalités culturelles et sociales des apprenants. Or, plusieurs études montrent qu’un enfant formé d’abord dans sa langue maternelle assimile mieux les connaissances, développe plus aisément son esprit critique et renforce ses capacités créatives.

Former dans des langues nationales, avec des références locales, ne permettrait pas seulement de produire des diplômés, mais aussi des profils capables d’innover, de construire et d’apporter des solutions adaptées aux besoins du pays.

Aujourd’hui, de nombreux étudiants passent entre 15 et 20 ans sur les bancs de l’école pour obtenir des diplômes qui, dans bien des cas, ne correspondent pas aux réalités du marché du travail. Le système semble produire en masse des profils théoriques, mais peu de créateurs d’emplois, d’innovateurs ou d’acteurs du changement social.

Dans le même temps, les défis persistent : chômage élevé, dépendance économique, faible industrialisation et sous-valorisation des savoirs locaux.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler à une réforme en profondeur. Il s’agirait notamment d’intégrer davantage les langues nationales et leurs systèmes d’écriture, comme le N’ko ou l’Adlam, dans les programmes éducatifs. Pour les défenseurs de cette approche, enseigner dans les langues locales ne constitue pas un recul, mais un levier stratégique pour renforcer la souveraineté intellectuelle et le développement.

Certains experts estiment qu’un investissement soutenu sur une décennie dans une éducation enracinée dans les réalités locales pourrait faire émerger une nouvelle génération d’experts, de chercheurs, d’ingénieurs et d’entrepreneurs, capables de transformer durablement le pays.

Au-delà des réformes techniques, une conviction se dégage : le développement d’une nation commence par la manière dont elle pense, apprend et transmet son savoir.

Par M. Fofana