« Je suis le choix du Président » : quand le vide politique devient un danger pour la démocratie

Par Dr Faya Lansana Millimouno

La campagne électorale actuelle met en lumière une réalité préoccupante pour notre démocratie : certains candidats semblent dépourvus de vision, de programme et de projet crédible pour leurs communes ou pour la Nation.

Leur principal argument politique paraît se résumer à une formule répétée mécaniquement :

« Je suis allié de la GMD. »
« Je suis le choix du Président Mamady Doumbouya. »

Voilà donc ce que certains proposent aux populations : ni idées, ni solutions, ni ambition pour le développement local ou national, mais simplement une proximité supposée avec le pouvoir.

Cette pauvreté intellectuelle et politique est inquiétante.

Car une élection n’est pas un concours d’allégeance. Une élection n’est pas une compétition de slogans. Une élection n’est pas un exercice de propagande administrative.

Une élection est avant tout un moment de choix démocratique, au cours duquel le peuple désigne librement des femmes et des hommes capables de le représenter dignement, de défendre ses intérêts et d’apporter des réponses concrètes à ses préoccupations.

Or, lorsque certains candidats n’ont ni programme à présenter, ni bilan à défendre, ni vision à partager, ils choisissent de se réfugier derrière le nom du Président de la République afin d’impressionner les électeurs.

Plus grave encore, beaucoup s’engagent dans un exercice de confusion politique en laissant entendre qu’ils auraient été officiellement « désignés » ou « choisis » par le Président.

Les populations doivent leur répondre avec calme et lucidité :

« Nous avons déjà des gouverneurs, des préfets et des sous-préfets qui sont effectivement nommés par le Président de la République. »

Mais les élections communales et législatives poursuivent une autre finalité.

Les citoyens ne recherchent pas des relais administratifs. Ils ne recherchent pas des courtisans politiques. Ils ne recherchent pas des candidats dont la seule compétence consiste à afficher leur alignement avec le pouvoir.

Ils recherchent des femmes et des hommes compétents, visionnaires, intègres et courageux ; des représentants capables de défendre leurs intérêts, de contrôler l’action publique et de porter leur voix avec responsabilité et dignité.

Les électeurs doivent désormais poser les vraies questions :

  • Quel est votre programme ?

  • Quelle est votre vision pour notre commune ?

  • Quelles solutions proposez-vous pour les jeunes ?

  • Que comptez-vous faire pour les femmes, les paysans, les enseignants et les commerçants ?

  • Comment allez-vous améliorer les infrastructures, l’éducation, la santé et l’emploi ?

Car, au final, ni les slogans ni les proximités supposées avec le pouvoir ne construiront nos collectivités ni notre pays.

Ce sont les idées.
Ce sont les compétences.
Ce sont le travail, l’intégrité et la vision.

Il convient également d’adresser une mise en garde claire contre toute tentative de fraude électorale.

En effet, lorsqu’on s’engage dans un combat politique sans programme, sans vision et sans projet sérieux, le risque est grand de vouloir compenser ce vide politique par le trafic d’influence, les pressions administratives ou la fraude électorale.

Cette ligne ne doit jamais être franchie.

La fraude électorale n’est pas une simple irrégularité technique. Elle constitue une atteinte à la souveraineté populaire. Elle fragilise la confiance entre les citoyens et les institutions. Elle nourrit les frustrations, les tensions et les crises.

Tous les acteurs doivent comprendre que la paix sociale et la stabilité reposent sur le respect sincère de la volonté populaire.

La Guinée a besoin d’élections crédibles, transparentes et apaisées. Elle a besoin de représentants légitimes. Elle a besoin d’un débat politique fondé sur les idées et les projets, et non sur l’intimidation, les manipulations ou les réseaux d’influence.

Le peuple guinéen mérite le respect.

Et respecter le peuple, c’est respecter son droit de choisir librement celles et ceux qui doivent le représenter.