ÉDITORIAL | Faya François Bourouno : l’assainissement ne peut pas être l’unique horizon de la Fonction publique

La radiation de 6 678 fonctionnaires répond à une exigence de bonne gouvernance. Mais la véritable réforme de l’administration publique se mesure avant tout à la qualité du service rendu aux citoyens, pas seulement au nettoyage des effectifs.

Le ministre de la Fonction publique, Faya François Bourouno, vient d’annoncer la radiation de 6 678 agents de l’administration publique. L’objectif affiché est clair : assainir le fichier des effectifs, éliminer les irrégularités et mieux maîtriser la masse salariale. Sur le principe, la démarche est légitime. Un État sérieux ne peut continuer à rémunérer des agents décédés, des abandonneurs de poste ou des fonctionnaires irrégulièrement maintenus dans les effectifs.

Mais après plusieurs années d’exercice, une question mérite d’être posée : le bilan du ministère de la Fonction publique peut-il se résumer à l’assainissement du fichier des agents ?

En dehors de la mise en place de l’École nationale d’administration – un projet hérité de l’ancien régime – les Guinéens peinent à identifier une réforme majeure ayant profondément amélioré le fonctionnement quotidien de leur administration. Or, la véritable souffrance des citoyens ne réside pas dans le nombre de fonctionnaires radiés. Elle se trouve dans les interminables lenteurs administratives, les dossiers bloqués pendant des semaines ou des mois, les signatures monnayées, les pots-de-vin devenus presque une norme et l’absence totale de délais obligatoires pour traiter les demandes des usagers.

Aujourd’hui, l’administration publique donne parfois l’impression d’être devenue un immense centre commercial où chaque signature, chaque cachet et chaque autorisation peuvent avoir un prix. Cette réalité est autrement plus préoccupante que l’existence de quelques milliers d’agents irréguliers.

Dans les administrations les plus performantes, le rôle d’un ministre de la Fonction publique dépasse largement la gestion des effectifs. Il consiste à bâtir une administration orientée vers les résultats, à instaurer des indicateurs de performance, à fixer des délais légaux de traitement des dossiers, à évaluer les agents sur leur rendement, à généraliser la numérisation des procédures et à placer l’usager au cœur du service public.

Le Rwanda a profondément transformé son administration grâce à une culture de performance et de responsabilité. Le Maroc poursuit la digitalisation de nombreux services publics. L’Estonie est devenue une référence mondiale en matière d’administration électronique. À Singapour, l’efficacité administrative constitue un pilier de la compétitivité nationale. Dans tous ces pays, la lutte contre les effectifs irréguliers n’est qu’un élément parmi d’autres d’une réforme beaucoup plus ambitieuse.

Faya François Bourouno dispose encore de l’opportunité de marquer durablement son passage à la tête de ce ministère. L’histoire retiendra davantage celui qui aura rendu l’administration guinéenne rapide, intègre et efficace que celui qui aura simplement radié le plus grand nombre de fonctionnaires.

Les Guinéens n’attendent pas seulement une fonction publique allégée. Ils attendent surtout une fonction publique qui fonctionne.

Source: guinee7.com