LA HAINE ETHNIQUE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX.
LE COMBAT LE PLUS IMPORTANT POUR SAUVER LA NATION GUINÉENNE.
Depuis plusieurs mois, un phénomène inquiétant gagne du terrain sur les réseaux sociaux guinéens.
Chaque jour, des vidéos, des commentaires, des publications et des directs diffusent des insultes visant des communautés entières.
Des hommes et des femmes sont attaqués non pour leurs actes, non pour leurs idées, mais pour leur appartenance ethnique.
Les Soussous sont insultés.
Les Malinkés sont insultés.
Les Peuls sont insultés.
Aucune communauté n’est épargnée.
Le plus préoccupant est que ces discours deviennent presque banals.
Ils sont partagés, commentés, applaudis, puis remplacés par d’autres encore plus violents.
Nous sommes en train de franchir une ligne dangereuse.
Car une nation ne disparaît pas uniquement sous les effets d’une guerre.
Elle disparaît aussi lorsque ses citoyens cessent de se considérer comme appartenant au même peuple.
En observant les auteurs de ces propos, un constat revient souvent.
Il ne s’agit pas, dans leur immense majorité, de grandes figures politiques, d’intellectuels ou de responsables publics.
Il s’agit souvent de personnes anonymes qui ne mesurent ni la portée de leurs paroles ni les conséquences de leurs publications.
Le problème est donc plus profond.
Il révèle une crise de l’éducation.
Une crise de la transmission.
Une crise des valeurs.
Pendant des décennies, notre système éducatif s’est progressivement éloigné de sa mission fondamentale.
L’école ne doit pas uniquement apprendre à lire, à écrire ou à compter.
Elle doit former des citoyens.
Elle doit transmettre le respect de l’autre, le sens de la République, la connaissance de notre histoire commune et les règles du vivre ensemble.
Lorsqu’un État renonce à transmettre ces repères, il fabrique des générations qui connaissent leurs droits mais ignorent leurs devoirs.
Des citoyens qui maîtrisent les outils numériques mais ne comprennent plus la responsabilité qui accompagne la liberté d’expression.
Les réseaux sociaux ont amplifié cette crise.
Ils permettent aujourd’hui à une publication haineuse de toucher des dizaines de milliers de personnes en quelques heures.
Une insulte qui, hier, restait dans une cour ou un quartier devient aujourd’hui un message diffusé dans le monde entier.
L’image de notre pays en souffre profondément.
La Guinée apparaît parfois comme une nation où les citoyens passent plus de temps à s’opposer qu’à construire ensemble.
Pourtant, notre histoire raconte exactement le contraire.
Notre pays s’est construit grâce à la contribution de toutes ses composantes.
Aucune région.
Aucune ethnie.
Aucune famille.
Aucun groupe n’a construit seul la Guinée.
Notre richesse réside précisément dans cette diversité.
Il est donc temps que la République réagisse avec fermeté.
Les discours de haine fondés sur l’origine ethnique doivent faire l’objet d’une réponse judiciaire claire.
L’injure dirigée contre une communauté entière ne constitue pas une opinion.
Elle porte atteinte à l’ordre public, à la dignité humaine et à la cohésion nationale.
Nos juristes, nos magistrats, nos parlementaires et l’ensemble des professionnels du droit doivent ouvrir une réflexion nationale afin de renforcer notre arsenal juridique contre les discours de haine ethnique, y compris lorsqu’ils sont diffusés depuis l’étranger et visent à déstabiliser la paix sociale en Guinée.
Cette réponse juridique doit s’accompagner d’une politique ambitieuse d’éducation civique, de sensibilisation et de prévention.
La répression seule ne suffira pas.
Il faut reconstruire les repères que nous avons progressivement perdus.
Il faut réapprendre à nos enfants que l’on peut défendre une opinion sans insulter une communauté.
Que l’on peut être fier de son identité sans mépriser celle des autres.
Que la diversité guinéenne n’est pas une faiblesse mais l’une des plus grandes richesses de notre nation.
J’en appelle enfin à Son Excellence le Président de la République.
Parmi tous les grands chantiers engagés pour moderniser notre pays, celui de l’unité nationale mérite une attention prioritaire.
Car il ne sert à rien de construire des routes, des écoles, des usines ou des infrastructures si, dans le même temps, les fondements de notre vivre ensemble se fissurent.
L’économie se reconstruit.
Les infrastructures se reconstruisent.
Les institutions se réforment.
Mais lorsqu’une nation se fracture durablement entre ses propres enfants, il faut parfois plusieurs générations pour réparer cette blessure.
La Guinée appartient à tous les Guinéens.
Nous avons reçu cette nation en héritage.
Nous avons le devoir de la transmettre intacte à ceux qui viendront après nous.
Car le jour où la haine ethnique remplacera définitivement le sentiment d’appartenir à une même nation, ce ne sera pas la victoire d’une communauté sur une autre.
Ce sera la défaite de la Guinée tout entière.
Cheick CAMARA
France