La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a officiellement lancé, une plateforme nationale d’interopérabilité des paiements présentée comme une avancée majeure dans la modernisation du système financier guinéen. Lors de la cérémonie de lancement, les autorités ont mis en avant les ambitions de cette infrastructure, appelée à faciliter les transactions entre banques, institutions de microfinance et opérateurs de monnaie électronique.
Prenant la parole, le gouverneur de la BCRG, Dr Karamo Kaba, a qualifié cette journée d’« étape historique » pour la Guinée. Selon lui, NimbaPay constitue un levier stratégique destiné à transformer durablement les échanges économiques, à accélérer la modernisation du secteur financier et à renforcer l’inclusion financière à l’échelle nationale.
Le gouverneur a rappelé les progrès enregistrés ces dernières années dans l’accès aux services financiers. Le taux de détention de comptes financiers est ainsi passé de 4 % en 2011 à près de 36 % en 2024, une évolution largement portée par l’essor de la monnaie électronique. Malgré ces avancées, il a reconnu que la fragmentation des systèmes de paiement limitait encore les transferts entre les différentes institutions financières.
Avec l’entrée en service de NimbaPay, cette contrainte devrait progressivement disparaître. La plateforme permettra désormais aux utilisateurs d’effectuer des transferts instantanés et sécurisés entre banques, établissements de microfinance et opérateurs de monnaie électronique, quel que soit leur emplacement sur le territoire national.
« Chaque Guinéen pourra envoyer et recevoir de l’argent de manière instantanée, en toute sécurité, entre les différents acteurs du système financier », a affirmé Dr Karamo Kaba. Il estime que cette infrastructure contribuera également à réduire les coûts des transactions, à renforcer la sécurité des paiements et à préparer les prochaines étapes de la transformation numérique, notamment la digitalisation des paiements de l’État et le développement des flux financiers transfrontaliers.
Le Premier ministre insiste sur la souveraineté numérique
Présidant la clôture de la cérémonie, le Premier ministre Amadou Oury Bah a salué le leadership de la Banque centrale dans la conduite de cette réforme. Pour le chef du gouvernement, la modernisation des moyens de paiement constitue un pilier essentiel de la refondation économique engagée par les autorités.
Selon lui, la Guinée a longtemps été confrontée à des difficultés structurelles dans la gestion de sa masse monétaire et de sa politique monétaire. La mise en place d’un système de paiement moderne représente donc un outil déterminant pour améliorer la circulation de la monnaie et renforcer la stabilité économique.
« La refondation ne concerne pas uniquement les institutions ou les infrastructures. Elle est également liée à la monnaie, à son fonctionnement et à la rapidité de sa circulation. La modernisation des moyens de paiement est un facteur clé pour assurer une évolution stable de notre économie », a déclaré le Premier ministre.
Un défi majeur : la cybersécurité
Si NimbaPay ouvre la voie à un écosystème financier plus intégré, les autorités restent conscientes des défis qu’implique une telle transformation numérique. Le Premier ministre a notamment insisté sur la nécessité de renforcer les dispositifs de cybersécurité afin de protéger cette nouvelle infrastructure contre les cyberattaques.
Il a appelé les équipes techniques à maintenir un haut niveau de vigilance pour garantir la sécurité des données, préserver l’intégrité des transactions et assurer la souveraineté numérique de la Guinée. Pour les autorités, le succès de NimbaPay dépendra autant de sa performance technologique que de la capacité du pays à sécuriser durablement son système de paiement national.
Daouda Yansané