Mines : « L’Afrique doit changer de méthode face aux géants miniers »

Pour Emmanuel LoWilla, président du Caucus Afrique de l’Est du Parlement panafricain, le contentieux non résolu de QMM à Fort-Dauphin doit servir de leçon à la Guinée et au Mozambique.

 

Le dossier de Rio Tinto à Fort-Dauphin dépasse le cadre de l’Anosy. C’est en substance le message d’Emmanuel LoWilla, président du Caucus Afrique de l’Est du Parlement panafricain, dans une tribune publiée par Financial Afrik. Les États africains, écrit-il, négocient « pays par pays » avec des groupes qui raisonnent à l’échelle mondiale — une asymétrie qui affaiblit mécaniquement le continent.

 

L’intervention tombe à un moment charnière pour la compagnie anglo-australienne : en Guinée, elle pilote Simandou, gisement de fer d’environ 20 milliards de dollars entré en production fin 2025 ; au Mozambique, elle détient le projet de sables minéralisés de Mutamba, encore inexploité.

 

Sa démonstration part d’un précédent extérieur au continent : la mine de Panguna, à Bougainville, exploitée dix-sept ans par Rio Tinto jusqu’en 1989. Près d’un milliard de tonnes de résidus déversés dans les rivières, une contestation des propriétaires coutumiers qui a nourri une guerre civile, puis un départ sans retour. La compagnie a cédé ses parts en 2016 et n’a accepté qu’en 2021, sous pression, de financer une évaluation indépendante, publiée fin 2024 : dommages sérieux dans tous les domaines examinés. Trente-sept ans après, les réparations restent en suspens. Pour l’Afrique, estime le parlementaire, c’est « un précédent à étudier ».

 

À Fort-Dauphin, où QIT Madagascar Minerals (QMM), détenue à 80 % par Rio Tinto, extrait de l’ilménite depuis 2009, il voit le même enchaînement : écosystèmes littoraux modifiés, pertes de terres, doutes sur la qualité de l’eau. L’extension de 2014 au-delà de la zone tampon environnementale, puis les incidents de 2022 sur la gestion des eaux, ont durci les positions. Des analyses commandées par la société civile relèvent en aval des taux d’uranium et de plomb atteignant cinquante et quarante fois les valeurs guides de l’OMS pour l’eau de boisson, consommée par quinze mille personnes. Rio Tinto conteste ces résultats et oppose ses propres études — un blocage qui plaide, selon LoWilla, pour une contre-expertise indépendante, refusée jusqu’ici à la société civile malgache comme aux actionnaires du groupe.

Le contentieux s’est déplacé sur le terrain judiciaire : des communautés réclament réparation pour les terres perdues et près de 6 000 riverains préparent une action au Royaume-Uni.

 

À Richards Bay, où Rio Tinto exploite aussi des sables minéralisés, les tensions ont pourtant interrompu la production à plusieurs reprises. Mais les communautés y détiennent des parts, des structures de représentation et un cadre judiciaire qui leur donne prise. La différence avec Fort-Dauphin, insiste-t-il, ne tient pas à la légitimité des griefs mais à l’architecture de la relation entre entreprise, communautés et État.

 

Pour la Guinée et le Mozambique demeure une fenêtre que Madagascar n’a plus. LoWilla plaide pour des clauses contraignantes : participation économique des communautés plutôt que responsabilité sociale d’entreprise, fonds de réhabilitation autonomes, expertise environnementale indépendante, publication des données, obligations financières de fermeture et responsabilités clairement attribuées en cas de changement d’actionnariat. Il souhaite surtout que les contentieux malgaches soient réglés tant que Rio Tinto est encore présente, avant qu’une cession ne transforme un problème actuel en dossier historique.

 

Le Parlement panafricain n’a aucun pouvoir contraignant, reconnaît-il ; les législateurs nationaux, eux, disposent des licences, autorisations d’exportation, garanties financières et conditions de transfert des titres miniers. Autant de leviers pour faire honorer les engagements avant tout départ. Rien là d’une hostilité à l’investissement : le débat porte sur les termes. « Une ressource formée en des millions d’années ne peut être échangée contre quelques décennies de recettes fiscales », résume-t-il, et un passif environnemental qui peut durer des générations.