Médias privés de Guinée: la FEPAP-GUI veut porter la subvention publique à 15 milliards GNF en 2027

La question du financement des médias privés revient au centre des préoccupations du patronat de la presse guinéenne. La Fédération patronale des associations professionnelles de presse de Guinée (FEPAP-GUI) plaide pour une augmentation significative de la subvention publique destinée aux entreprises de médias. Son président, Amadou Tham Camara, souhaite voir cette enveloppe passer de 3 à 15 milliards de francs guinéens dans le cadre de la loi de finances initiale 2027.

Cette proposition a été présentée vendredi 30 octobre 2026, à l’occasion d’une rencontre entre les responsables de la nouvelle organisation patronale, la Haute Autorité de la Communication (HAC) et la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI).

Au cours des échanges, Amadou Tham Camara a dressé un tableau préoccupant de la situation économique des entreprises de presse. Il a notamment pointé du doigt le poids de la fiscalité, les charges sociales, les difficultés d’accès aux crédits bancaires et la diminution des recettes publicitaires. À ces contraintes s’ajoute la concurrence grandissante des grandes plateformes numériques internationales, qui fragilise davantage les modèles économiques traditionnels des médias guinéens.

Pour le président de la FEPAP-GUI, le montant actuel de la subvention publique ne correspond plus aux réalités économiques auxquelles le secteur est confronté.

« Depuis 18 ans, le montant de la subvention aux médias privés est gelé à 3 milliards », a-t-il rappelé, avant de solliciter l’implication du président de la HAC pour obtenir une revalorisation de cette enveloppe à 15 milliards de francs guinéens dès 2027.

Au-delà de cette revendication financière, la fédération souhaite également bénéficier d’un accompagnement institutionnel pour développer les relations commerciales entre les entreprises nationales et les organes de presse, notamment à travers l’attribution de contrats publicitaires.

La HAC favorable à une meilleure structuration du secteur

En réponse aux préoccupations exprimées, le président de la Haute Autorité de la Communication, Boubacar Yacine Diallo, a salué la création de cette organisation patronale. Il a estimé que la FEPAP-GUI pourrait constituer un partenaire important dans les efforts de réorganisation et de professionnalisation du paysage médiatique guinéen.

Plusieurs dossiers nécessitant une collaboration entre les différentes parties ont été évoqués. Il s’agit notamment de l’assainissement du secteur, des mécanismes de répartition de la subvention publique et de l’adaptation du cadre réglementaire aux mutations technologiques.

Pour Boubacar Yacine Diallo, la réforme du paysage médiatique doit nécessairement prendre en compte les journalistes et les entreprises qui les emploient.

« Il n’y a pas de journaliste sans médias et il n’y a pas de médias sans journaliste. Donc, on ne peut pas assainir un secteur et ignorer l’autre », a-t-il souligné.

Le responsable de l’organe de régulation a également insisté sur la nécessité de renforcer les conditions de création des entreprises de presse. Il a notamment évoqué la protection des médias légalement établis face à la concurrence des plateformes numériques, dans un environnement marqué par de profondes transformations des habitudes de consommation de l’information.

La convention collective, une priorité pour le patronat

Prenant également part à cette rencontre, le vice-président de la CGE-GUI, Ismaël Keita, est revenu sur l’appui technique et financier apporté à la mise en place de la FEPAP-GUI. Il a toutefois invité les nouveaux responsables de la fédération à accorder une attention particulière à la finalisation de la convention collective du secteur des médias.

Selon lui, l’amélioration des conditions de travail et la clarification des relations professionnelles constituent des enjeux essentiels pour la stabilité et la crédibilité des entreprises de presse.

Ismaël Keita a par ailleurs tenu à rappeler que l’accompagnement de la CGE-GUI ne saurait remettre en cause l’indépendance éditoriale des médias.

« Nous savons que le secteur des médias est un secteur sensible. L’indépendance éditoriale et le pluralisme conditionnent sa crédibilité. L’accompagnement de la CGE-GUI porte sur l’organisation de la fédération, jamais sur le contenu », a-t-il précisé.

La FEPAP-GUI veut s’imposer comme un interlocuteur incontournable

Créée à l’issue de son assemblée générale constitutive du 8 octobre 2026, la FEPAP-GUI entend désormais renforcer sa présence dans les discussions relatives à l’avenir de la presse privée en Guinée.

La nouvelle fédération ambitionne notamment d’instaurer un mécanisme permanent de concertation avec la HAC et la CGE-GUI afin de défendre les intérêts économiques et professionnels des entreprises de médias.

Elle souhaite également faire reconnaître davantage la presse comme un véritable secteur d’activité économique, capable de contribuer à la création d’emplois et au développement national.

Dans cette perspective, ses responsables entendent plaider pour une meilleure intégration des entreprises de presse dans les opportunités économiques liées au programme Simandou 2040.

Reste désormais à savoir si cette demande de revalorisation de la subvention publique trouvera un écho favorable auprès des autorités dans le cadre de l’élaboration du budget de l’État pour l’exercice 2027.

Alkhaly Condé