Payer pour récupérer son propre argent : le business clandestin des retraits bancaires face à la crise de liquidité en Guinée
Depuis plusieurs mois, la Guinée est confrontée à une crise de liquidité persistante qui met à rude épreuve le quotidien des citoyens et fragilise davantage la confiance envers le système bancaire. Dans de nombreuses banques du pays, retirer de l’argent relève désormais du parcours du combattant. Les clients, souvent contraints de faire la queue pendant des heures, repartent fréquemment les mains vides.
« Le barème, c’est Cinq cent mille francs », a annoncé un banquier à un journaliste de Guinematin.com qui a quitté Kipé pour aller faire un retrait de Trois millions au siège d’une banque à Kaloum dans la matinée de ce vendredi 10 avril 2026.
Dans certaines agences de Conakry, aucun client ne reçoit un franc de sa banque ! Les agents évoquent souvent un “problème de réseau” pour justifier l’impossibilité d’effectuer des retraits. Une explication qui, pour beaucoup d’usagers, est un écran de fumée destiné à masquer une pénurie criante de billets. Ils disent d’ailleurs être accueillis comme des rois dès qu’ils annoncent vouloir faire un dépôt…
Face à cette situation devenue quasi structurelle, des pratiques informelles et illégales ont progressivement émergé. Pour accéder à leur propre argent, certains clients n’hésitent plus à négocier directement avec des agents ou des intermédiaires. Ces arrangements officieux ont un coût : il faut parfois débourser jusqu’à 100 000 francs guinéens pour pouvoir retirer 1 000 000 GNF. Une sorte de “commission parallèle”, totalement en dehors des circuits réglementaires, mais devenue, pour beaucoup, un mal nécessaire afin de faire face à des urgences financières, des fois vitales !
Ce phénomène, qui échappe au contrôle des institutions bancaires, alimente un climat de méfiance généralisée et accentue la fragilité du système financier. Il met également en lumière les difficultés de régulation dans un contexte où la demande en liquidité dépasse largement l’offre disponible au guichet.
Enfin, cette situation soulève de nombreuses interrogations sur le fonctionnement du système bancaire guinéen, la circulation du cash et la capacité des autorités à restaurer la confiance des usagers. Car en filigrane, c’est toute l’économie du quotidien qui se retrouve affectée par cette raréfaction de l’argent liquide, devenue l’un des principaux défis du moment.
Source: Guineematin