GENÈVE – Des experts des droits humains de l’ONU* ont aujourd’hui exprimé leur vive inquiétude face à l’enlèvement présumé et à la disparition forcée de trois enfants et d’un adulte à Conakry, en Guinée, il y a six mois, dans ce qui semble constituer un acte de représailles ciblé contre un opposant important du Gouvernement.
« L’enlèvement et la disparition forcée subséquente d’enfants, pour punir ou faire pression sur un parent ou un membre de leur famille, constituent des actes d’une cruauté exceptionnelle », ont déclaré les experts.
« Instrumentaliser des enfants comme levier et leur causer un préjudice irréparable constitue une violation flagrante qui affecte les enfants, leur famille et la communauté dans son ensemble. »
Le 11 novembre 2025 , des hommes masqués, présumés d’être des membres de la gendarmerie guinéenne, auraient fait irruption de force, tôt le matin, dans une résidence privée dans le quartier du marché de Matoto à Conakry. Ils auraient agressé et enlevé les enfants, âgés de 14 à 16 ans, alors qu’ils dormaient, ainsi qu’un membre adulte de leur famille, avant de les emmener vers un lieu inconnu à bord de véhicules à l’apparence officielle.
L’opération semble avoir été soigneusement planifiée et ciblée. Les auteurs présumés auraient vérifié l’identité des occupants avant de procéder à l’enlèvement, ce qui suggère que les enfants ont été pris en raison de leurs liens familiaux avec Elie Kamano, un artiste guinéen connu et défenseur des droits humains, qui a publiquement critiqué les autorités du pays et vit désormais en exil après avoir reçu des menaces pour sa sécurité.
Depuis les faits, les familles concernées n’auraient reçu aucune information officielle concernant le sort ou le lieu où se trouvent les enfants et leur proche. Les demandes d’éclaircissements adressées aux autorités ainsi qu’à la communauté internationale seraient restées sans réponse.
Les experts ont exhorté les autorités guinéennes à révéler immédiatement le sort et le lieu de détention des trois enfants et de leur proche, à garantir leur sécurité et leur bien-être, et à les libérer sans délai. Ils ont également appelé à l’ouverture rapide d’une enquête indépendante, impartiale, approfondie et efficace sur les enlèvements présumés et les disparitions forcées qui ont suivi, afin de traduire les responsables en justice et d’assurer des réparations pour le préjudice subi.
« Soumettre des familles à l’angoisse et à l’incertitude, en particulier lorsque des enfants sont concernés, est inhumain », ont déclaré les experts. « Instrumentaliser la peur contre des familles et des enfants pour étouffer la dissidence constitue une forme particulièrement grave d’abus qu’aucun État ne peut justifier. »
Les experts ont souligné que les représailles visant les membres de la famille de détracteurs, de dissidents ou de défenseurs des droits humains violent les principes fondamentaux de l’État de droit et peuvent s’apparenter à des châtiments collectifs, strictement interdits par le droit international.
*Les experts :
- Gabriella Citroni (Présidente-Rapporteuse), Grażyna Baranowska (Vice présidente), Aua Baldé, Ana Lorena Delgadillo Pérez and Mohammed Al Obaidi, Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires
Les rapporteurs spéciaux/experts indépendants/groupes de travail sont des experts indépendants des droits de l’homme nommés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Ensemble, ces experts sont désignés comme les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les experts des procédures spéciales travaillent sur la base du volontariat ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Bien que le Bureau des droits de l’homme des Nations unies fasse office de secrétariat pour les procédures spéciales, les experts exercent leurs fonctions à titre individuel et sont indépendants de tout gouvernement ou organisation, y compris du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et des Nations unies. Tous points de vue ou opinions présentés sont uniquement ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de l’ONU ou du HCDH.
Les observations et recommandations spécifiques formulées à un pays par les mécanismes des droits de l’homme des Nations unies, y compris les procédures spéciales, les organes de traités et l’examen périodique universel, peuvent être consultées sur l’index universel des droits de l’homme (https://uhri.ohchr.org/fr/).
Droits de l’homme de l’ONU, page du pays – GUINEE
Pour plus d’informations et pour les demandes des médias, veuillez contacter : Pol Planas Callico (pol.planascallico@un.org).
Pour toute requête des médias relative à d’autres experts indépendants des Nations Unies, veuillez contacter Maya Derouaz (maya.derouaz@un.org) ou Dharisha Indraguptha (dharisha.indraguptha@un.org).
Suivez les actualités des experts indépendants des droits de l’homme des Nations Unies sur X : @UN_SPExperts.