« Quelle humanité voulons-nous construire ? » : l’appel de Mgr François Sylla après l’encyclique du pape Léon XIV

À Conakry, ce jeudi 28 mai, plusieurs responsables de l’Église catholique ont salué la publication de l’encyclique Magnifica Humanitas. Lors d’une rencontre consacrée à la présentation du document, Mgr François Sylla, archevêque métropolitain de Conakry, a souligné l’importance de ce texte pour l’Afrique.

Selon lui, Magnifica Humanitas pose une question essentielle : quelle humanité voulons-nous construire ?

Le Saint-Père, le pape Léon XIV, a publié sa première lettre encyclique, intitulée Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »), consacrée à la protection de la personne humaine face aux défis de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies.

Publié officiellement le 25 mai 2026, le document avait été signé dix jours plus tôt, le 15 mai, afin de coïncider symboliquement avec le 135e anniversaire de l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, publiée en 1891. Par ce choix, Léon XIV inscrit clairement son pontificat dans la continuité de la doctrine sociale de l’Église.

Une encyclique sociale dans la tradition de l’Église

Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape aux évêques et à l’ensemble des fidèles catholiques à travers le monde. Elle traite généralement de questions doctrinales, morales, sociales ou anthropologiques.

Avec Magnifica Humanitas, Léon XIV actualise les grands principes de la doctrine sociale de l’Église afin de répondre aux bouleversements provoqués aujourd’hui par la révolution numérique et l’intelligence artificielle, comme Léon XIII l’avait fait face à la révolution industrielle du XIXe siècle.

Dès l’introduction, le pape place l’humanité devant un choix fondamental :

« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble », a précisé Mgr François Sylla.

Pour le souverain pontife, la technologie n’est ni un mal en soi ni une force opposée à l’être humain. Toutefois, elle n’est pas neutre. Elle porte « le visage et les couleurs » de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent.

L’intelligence artificielle au cœur des préoccupations

Le pape reconnaît que « la numérisation, l’intelligence artificielle et la robotique transforment rapidement et profondément notre monde ». Selon lui, ces technologies influencent désormais les processus décisionnels, les relations humaines et même l’imaginaire collectif.

Face à cette mutation, Léon XIV appelle à un discernement éthique fondé sur plusieurs principes essentiels de la doctrine sociale de l’Église :

  • le bien commun ;

  • la solidarité ;

  • la subsidiarité ;

  • la justice sociale ;

  • la destination universelle des biens ;

  • et surtout, la dignité inviolable de toute personne humaine.

Le texte insiste particulièrement sur la nécessité de maintenir l’homme au centre du progrès technologique. L’intelligence artificielle peut imiter certaines capacités humaines, mais elle ne possède ni conscience morale, ni empathie, ni relation spirituelle.

Cinq chapitres pour une réflexion globale

Structurée autour de cinq chapitres, l’encyclique développe une réflexion théologique, sociale et anthropologique sur les transformations du monde contemporain.

Le premier chapitre, intitulé « Une pensée dynamique fidèle », invite l’Église à lire les signes des temps à la lumière de l’Évangile, du Concile Vatican II et des grandes encycliques sociales, jusqu’à Fratelli Tutti du pape François.

Le deuxième chapitre revient sur les fondements de la doctrine sociale de l’Église et rappelle que toute organisation politique, économique ou technologique doit respecter la dignité de l’être humain créé à l’image de Dieu.

Le troisième chapitre, considéré comme le cœur du document, aborde le rapport entre développement technologique et personne humaine. Le pape y met en garde contre le risque de faire de la technologie un critère absolu de jugement et d’organisation sociale.

Une forte résonance en Afrique

Dans un continent jeune et confronté à de profondes mutations technologiques, le prélat a rappelé que le progrès ne peut être authentique que s’il demeure au service de l’homme, des familles, des pauvres et des plus vulnérables.

Il a également insisté sur le fait que « l’homme reste le premier acteur du développement » et que les machines ne doivent jamais remplacer la responsabilité humaine ni détruire les relations sociales.

Un appel à rester humain

Au-delà des questions technologiques, l’encyclique apparaît comme un appel spirituel et moral adressé à toute l’humanité. Léon XIV invite les croyants, les responsables politiques, les scientifiques et les éducateurs à construire une civilisation où la technique demeure au service de la paix, de la justice et de la fraternité.

Dans un monde de plus en plus automatisé, le pape exhorte chacun à « rester humain », à préserver la capacité d’écoute, de compassion, de prière et de relation authentique.

Avec Magnifica Humanitas, Léon XIV signe ainsi une encyclique sociale majeure, appelée à marquer durablement la réflexion de l’Église sur les défis éthiques de l’intelligence artificielle.

Daouda Yansané