Diallo Souleymane n’est plus : Adieu, Grand Maître

 (Par Almamy Kalla Conté)
Alors que j’étais encore sur les bancs de la filière Journalisme à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, j’ai été fasciné par la qualité de l’écriture journalistique du journal Le Lynx.

Fin 2002, je débarque à la rédaction du journal, située à l’immeuble Baldé Zaïre, non loin de la Mosquée Sénégalaise, pour solliciter un stage. Ce jour-là, le réceptionniste annonce mon arrivée. Il ordonne que je sois reçu dans le bureau.

Je trouve alors Diallo Souleymane en compagnie de Facély II Mara, alors chargé de communication au PNUD. Il m’invite à m’asseoir avant de me donner la parole pour connaître les raisons de ma présence. Je me présente comme un étudiant en journalisme souhaitant effectuer un stage au sein du groupe de presse Le Lynx-La Lance.

En réponse, il me demande d’adresser une demande de stage au directeur de publication, Hassan Abraham Keïta, tout en ajoutant que j’avais déjà son soutien avant même la réponse du directeur.

Quelques jours après le dépôt de ma demande, je suis admis au sein du groupe. Il me confie alors à Abou Bakr, aujourd’hui correspondant de la BBC en Guinée, qui devient mon maître de stage. Mon premier article, consacré à la situation des droits de l’homme en Guinée, est publié dans Le Lynx au cours de la deuxième quinzaine du mois de janvier 2003.

Au sein du groupe de presse Le Lynx-La Lance, j’ai admiré le professionnalisme de Diallo Souleymane et de tous ses collaborateurs : Hassan Abraham Keïta, Bah Lamine, Kayoko Doré, Mohamed Baba Sylla, Sékouba Savané, Azoka Bah, Thierno  Diallo et tant d’autres.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ont regagné le monde du silence. Qu’ils reposent tous en paix.

En écrivant ces mots, je reste sans voix. Que puis-je dire encore, sinon qu’au sein du groupe de presse Le Lynx-La Lance, le travail bien fait était une véritable culture ?

Au sein de ce groupe de presse, j’ai eu la chance de parcourir la Guinée, d’en découvrir les quatre coins et de mieux connaître mon beau pays.

Pendant quatre longues années, Diallo Souleymane et ses collaborateurs m’ont enseigné le professionnalisme, l’éthique, la déontologie du métier et bien d’autres valeurs encore.

Pour le dire en un mot comme en mille, je resterai à jamais reconnaissant envers Diallo Souleymane, mon Grand Maître.

Fondateur de l’hebdomadaire satirique  Le Lynx  en 1992, puis du journal  La Lance  en 1996, il demeure pour moi l’un des pionniers de la presse privée guinéenne.

PPendant plus de trois décennies, il s’est illustré par son indépendance éditoriale et son franc-parler dans la défense de la liberté de la presse.

Son parcours est riche : d’abord au quotidien national Horoya, puis en Côte d’Ivoire, avant de revenir servir la Guinée.

Il a bénéficié de nombreuses distinctions et de multiples hommages dans les milieux médiatiques national, africain et international.

En cette douloureuse circonstance, je m’incline devant la mémoire d’un homme de conviction pour sa contribution exceptionnelle à la vie de notre nation. Il a aimé la Guinée et les Guinéens.

Malheureusement, Diallo Souleymane nous quitte à un moment où la Guinée se cherche encore. Notre beau pays continue de se chercher en matière de liberté de la presse, d’État de droit et de démocratie.
Certes, les objectifs qu’il poursuivait n’ont pas tous été atteints comme il l’aurait souhaité au cours de ces trente dernières années. Mais je peux dire, sans risque de me tromper, qu’il a pleinement joué sa partition dans l’édification d’une Guinée plus juste, plus démocratique et plus respectueuse de la liberté de la presse et de l’expression.

Adieu, mon bien-aimé et cher Grand Maître.

Que votre âme repose en paix.

Amen.
Almamy Kalla Conté
Élève de Diallo Souleymane