PRA-UEMOA : la Guinée prend la présidence et appelle à une régulation numérique régionale plus anticipative

Conakry accueille une importante rencontre des autorités de régulation de l’espace UEMOA autour des nouveaux défis du numérique, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de la liberté de communication. À cette occasion, la Guinée prend la présidence de la Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays de l’UEMOA (PRA-UEMOA), avec l’ambition affichée de promouvoir une régulation régionale « d’initiative, de coopération et surtout de résultats ».

À l’heure du bilan de son mandat, le président sortant de la PRA-UEMOA et président de la HARC du Togo, Pitalounani TELOU, est revenu sur les principales actions menées par l’organisation au cours des dernières années.

Son mandat a notamment été marqué par l’organisation de plusieurs colloques régionaux consacrés à des enjeux majeurs pour l’avenir du secteur audiovisuel et de la régulation. Les discussions ont porté, entre autres, sur l’avenir de la télévision numérique, la lutte contre le piratage des contenus audiovisuels ainsi que les conséquences de l’essor de l’intelligence artificielle sur la liberté de communication.

Saluant l’arrivée à la tête de l’institution du nouveau président, Boubacar Yacine Diallo, Pitalounani TELOU a exprimé sa confiance quant à la poursuite et au renforcement de la dynamique engagée.

« Servir notre plateforme aura été, jusqu’à ce jour, l’un des plus grands honneurs de mon parcours professionnel. (…) Je suis persuadé que sous le leadership de M. Boubacar Yacine Diallo, la PRA-UEMOA Guinée poursuivra avec succès le renforcement de la coopération entre les autorités de régulation de notre espace communautaire », a-t-il déclaré.

Vers une régulation plus anticipative

Intervenant à son tour, Yacouba DEMBÉLÉ, représentant du Secrétariat technique permanent de la PRA-UEMOA et président de la HACA Côte d’Ivoire, a plaidé pour une profonde évolution des méthodes et mécanismes de régulation.

Face à la rapidité des mutations technologiques et à la multiplication des nouveaux canaux de diffusion de l’information, il estime que les institutions de régulation doivent désormais abandonner une logique exclusivement réactive au profit d’une approche davantage tournée vers l’anticipation et la prévention.

« Nous devons désormais passer d’une régulation essentiellement réactive à une régulation davantage anticipative, préventive, coordonnée et fondée sur la connaissance. Cela suppose de renforcer les capacités de nos autorités, d’améliorer nos outils de veille et de favoriser le partage d’informations », a-t-il souligné.

Cette orientation devrait, selon les responsables de la plateforme, permettre aux régulateurs de mieux répondre aux défis posés par l’environnement numérique, notamment la circulation massive et instantanée de l’information, les campagnes de désinformation et les nouvelles possibilités de manipulation des contenus.

Le gouvernement guinéen plaide pour une régulation régionale « d’initiative et de résultats »

Ouvrant officiellement les travaux au nom du Président de la République, le Général Mamadi DOUMBOUYA, et du Premier ministre Amadou Oury BAH, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory 2 TOUNKARA, a insisté sur l’importance stratégique de cette rencontre.

Le ministre a replacé les échanges dans un contexte mondial profondément transformé par l’accélération des innovations technologiques et les nouveaux usages du numérique.

« Jamais l’information n’a circulé aussi vite. (…) Mais jamais, également, la rapidité de sa diffusion et les possibilités de sa manipulation n’ont autant mis à l’épreuve la confiance publique, la cohésion sociale et la souveraineté de nos États », a-t-il déclaré.

Pour le gouvernement guinéen, le défi consiste désormais à concilier la protection des libertés fondamentales avec les impératifs de sécurité, de stabilité sociale et de protection des citoyens dans l’espace numérique.

Évoquant notamment les progrès de l’intelligence artificielle et le développement des hypertrucages, ou deepfakes, Ibrahima Sory 2 TOUNKARA a mis en garde contre les risques que représentent les contenus manipulés pour la confiance publique et la stabilité des États.

« Avec l’intelligence artificielle et les hypertrucages (deepfakes), une fausse information peut désormais fragiliser la confiance publique, attiser les tensions et menacer la stabilité d’un pays. La cybersécurité n’est donc plus seulement une question technique : elle est un enjeu de souveraineté, de protection des droits et de cohésion sociale », a-t-il affirmé.

Le Garde des Sceaux a ainsi appelé à trouver un équilibre entre régulation et préservation des libertés.

« Notre responsabilité est de trouver le juste équilibre : protéger sans étouffer, réguler sans censurer, sanctionner les abus sans affaiblir la liberté d’expression », a-t-il insisté.

La Guinée veut inscrire sa présidence dans une dynamique de coopération régionale

Associant cette rencontre aux grands chantiers de modernisation et de transformation socio-économique engagés en Guinée, notamment dans le cadre du programme Simandou 2040, le ministre de la Justice a réaffirmé la volonté du pays de jouer pleinement son rôle dans la construction d’une gouvernance numérique régionale.

Pour les autorités guinéennes, la nature transfrontalière du numérique impose une réponse collective face à des défis qui dépassent désormais largement les frontières nationales.

« Aucun pays ne peut réguler seul un espace numérique sans frontières. Nos réponses doivent à juste titre être régionales et coordonnées », a soutenu Ibrahima Sory 2 TOUNKARA.

Le ministre a également appelé le continent africain à prendre une part plus active dans la définition des règles qui encadreront l’avenir du numérique et des nouvelles technologies.

« L’Afrique ne doit pas rester une simple consommatrice des technologies et des règles conçues ailleurs. Elle doit défendre ses valeurs, protéger ses citoyens et contribuer pleinement à la gouvernance mondiale du numérique », a-t-il déclaré.

Dans cette perspective, il a fixé les ambitions de la nouvelle présidence guinéenne de la PRA-UEMOA : « La présidence guinéenne de la PRA-UEMOA-Guinée devra être une présidence d’initiative, de coopération et surtout de résultats. »

Les travaux de cette rencontre se poursuivront à huis clos durant deux jours. Une conférence inaugurale consacrée au thème central est notamment prévue, avant l’adoption des recommandations finales. La clôture officielle des assises est annoncée pour ce mardi 1er septembre.

Guineelive.com