« Un État fort n’est pas un État sans cœur » : Mamadi Doumbouya justifie l’évacuation de Kassory et Damaro
Dans une adresse à la Nation publiée ce samedi 19 septembre, le président guinéen Mamadi Doumbouya s’est exprimé sur le départ à l’étranger de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et de l’ancien président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara. Le chef de l’État affirme avoir autorisé leur évacuation pour des raisons exclusivement sanitaires, tout en assurant que les décisions de justice les concernant restent pleinement applicables.
Le président de la République, Mamadi Doumbouya, est sorti du silence sur l’évacuation sanitaire à l’étranger de deux anciens hauts responsables du régime d’Alpha Condé : Ibrahima Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara.
Dans son message adressé directement aux Guinéens, le chef de l’État a d’abord tenu à rappeler que les décisions rendues par la justice dans les dossiers des deux anciens responsables « conservent l’intégralité de leur autorité ».
« Aucune d’entre elles n’est effacée, aucune n’est révisée, aucune n’est négociée », affirme-t-il, en réitérant le principe selon lequel « nul n’est au-dessus de la loi ».
Des évacuations pour raisons sanitaires
Mamadi Doumbouya explique ensuite avoir été informé de l’état de santé des deux anciens responsables et dit avoir pris la décision d’autoriser leur départ à l’étranger afin qu’ils puissent bénéficier de soins médicaux adaptés.
« Un État fort n’est pas un État sans cœur », écrit-il, présentant cette décision comme un acte « d’humanité » et une mesure exceptionnelle fondée sur des considérations sanitaires.
Cette autorisation intervient après une décision du parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), qui avait autorisé, le 10 septembre, Kassory Fofana et Damaro Camara à quitter temporairement le territoire guinéen pour recevoir des soins à l’étranger. Le parquet avait précisé que cette mesure ne mettait pas fin aux procédures judiciaires les concernant.
« Ni une amnistie, ni une grâce »
Le président guinéen insiste sur le caractère strictement sanitaire de sa décision.
« Cette décision n’est ni une amnistie, ni une grâce, ni un arrangement. Elle est un acte d’humanité », affirme Mamadi Doumbouya.
Ibrahima Kassory Fofana a quitté Conakry vendredi 18 septembre à destination de Paris à bord d’un vol spécial médicalisé, selon son avocat Me Dinah Sampil. L’avocat a indiqué que cet avion avait été affrété sur instruction du président de la République et assuré que son client regagnerait la Guinée après ses soins.
Amadou Damaro Camara avait, quant à lui, quitté la Guinée deux jours plus tôt pour les États-Unis afin d’y recevoir des soins médicaux.
Le président appelle à tourner la page
Dans son adresse, Mamadi Doumbouya affirme vouloir une Guinée capable de « juger sans haine » et de « sanctionner sans acharnement ». Il estime que la rigueur dans la gestion des deniers publics doit relever de l’exigence et non du ressentiment.
Le chef de l’État évoque également la réconciliation nationale, qu’il présente non comme un oubli des faits établis par la justice, mais comme la capacité des Guinéens à se tourner vers l’avenir après que « la vérité [a été] établie et la justice dite ».
« Main dans la main »
Pour le président guinéen, la période actuelle doit être consacrée à la construction et au développement du pays. Il cite notamment l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau et à l’électricité ainsi que l’emploi des jeunes comme des priorités.
« Notre pays entre dans une ère décisive. Il aura besoin de toutes ses filles et de tous ses fils, unis, apaisés, tournés vers le travail et la construction », déclare-t-il.
Cette prise de parole intervient alors que les évacuations médicales de Kassory Fofana et Damaro Camara suscitent des réactions dans le débat public guinéen. Le président a ainsi choisi de défendre publiquement sa décision tout en réaffirmant que les procédures judiciaires concernant les deux anciens responsables demeurent distinctes de leur prise en charge médicale.
Daouda Yansané