Grâce accordée à Aliou Bah : Cellou Dalein Diallo conteste le geste de Doumbouya et invoque la CEDEAO
La grâce présidentielle accordée à Aliou Bah continue de susciter des réactions dans la classe politique guinéenne. Au lendemain de la décision de Mamadi Doumbouya, Cellou Dalein Diallo a vivement contesté la portée de cette mesure, estimant que la libération du président du MoDeL aurait dû découler de l’arrêt rendu par la Cour de justice de la CEDEAO.
La libération d’Aliou Bah, détenu depuis près de 22 mois après sa condamnation à deux ans de prison ferme, intervient dans un contexte judiciaire déjà marqué par une décision de la juridiction communautaire ouest-africaine. Le 25 juin 2026, la Cour de justice de la CEDEAO avait conclu à des violations de certains droits du responsable politique et ordonné sa libération immédiate.
Le 2 octobre, Mamadi Doumbouya a finalement accordé une grâce présidentielle à Aliou Bah, parmi plusieurs centaines de détenus concernés par cette mesure. Le MoDeL a indiqué avoir pris acte de la décision, tout en appelant ses militants et sympathisants à faire preuve de retenue et de responsabilité.
Cellou Dalein Diallo critique la portée de la grâce
Dans une réaction publiée après l’annonce de la grâce, Cellou Dalein Diallo livre une lecture très critique de la décision présidentielle. L’ancien Premier ministre considère que cette mesure traduit une concentration du pouvoir autour du chef de l’État.
Selon lui, la possibilité de décider de la détention ou de la libération d’un citoyen ne devrait pas relever de la seule volonté du président. Il estime ainsi que la grâce présidentielle ne saurait être présentée comme une faveur accordée à Aliou Bah.
Pour le leader politique, cette mesure ne permet pas non plus d’effacer les conséquences de la procédure judiciaire engagée contre le président du MoDeL.
Un rappel du parcours judiciaire d’Aliou Bah
Cellou Dalein Diallo revient sur l’arrestation d’Aliou Bah et sur sa condamnation à deux ans de prison ferme pour offense au chef de l’État. Il considère que son arrestation et sa condamnation étaient injustifiées.
L’ancien Premier ministre estime surtout que la grâce présidentielle ne constitue pas, à elle seule, une réparation des mois passés en détention ni des conséquences personnelles et familiales liées à cette affaire.
Cette position rejoint sa critique centrale : selon lui, la question ne devrait pas être celle d’une faveur accordée par le pouvoir, mais celle de l’application d’une décision de justice rendue au niveau communautaire.
La décision de la CEDEAO au cœur de la polémique
Dans son intervention, Cellou Dalein Diallo met particulièrement en avant l’arrêt rendu le 25 juin 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO.
La juridiction régionale avait conclu à des violations des droits d’Aliou Bah et ordonné à l’État guinéen de mettre fin à sa détention. Elle avait également condamné la Guinée à verser au requérant un franc CFA symbolique à titre de réparation.
La question de l’exécution de cet arrêt avait par la suite fait débat. En août, des informations faisaient encore état d’incertitudes concernant sa mise en œuvre effective.
Pour Cellou Dalein Diallo, la libération d’Aliou Bah aurait donc dû intervenir en application de cette décision judiciaire plutôt que par le biais d’une grâce présidentielle.
« Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle »
L’ancien Premier ministre refuse ainsi d’attribuer à la grâce présidentielle le mérite de la libération du président du MoDeL. Il met plutôt en avant la résistance personnelle d’Aliou Bah ainsi que la décision de la Cour de justice de la CEDEAO.
« Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle », affirme-t-il, estimant que le combat mené par le responsable politique et la décision de la juridiction communautaire sont les principaux éléments à retenir dans ce dénouement.
Cellou Dalein Diallo conclut en appelant à ce que le fonctionnement de l’État repose sur les institutions et les règles de droit plutôt que sur les décisions discrétionnaires du pouvoir.
Sa réaction intervient alors que la libération d’Aliou Bah marque une nouvelle étape dans une affaire qui avait pris une dimension nationale et régionale, notamment après l’intervention de la Cour de justice de la CEDEAO.
Alkhaly Condé