Justice : la CRIEF ouvre une enquête sur le marché de réhabilitation de quatre aérodromes régionaux
Une nouvelle affaire de présumées irrégularités dans la gestion des marchés publics est désormais entre les mains des services d’investigation guinéens. Le parquet spécial près la CRIEF a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur le marché de réhabilitation de quatre aérodromes régionaux du pays.
Dans une réquisition datée du 14 octobre 2026 et adressée au directeur central de l’ORDEF, le procureur spécial demande des investigations sur des faits susceptibles de constituer plusieurs infractions à la législation guinéenne en matière de lutte contre la corruption.
Les soupçons évoqués dans la dénonciation de l’ANLC-PBG concernent notamment de possibles abus de fonction, des violations des règles de finances publiques et du Code des marchés publics, un éventuel enrichissement illicite ainsi que des faits présumés de corruption impliquant des agents publics et privés.
Au cœur de cette procédure se trouve le marché confié à la société The Mining House (TMH) SARL pour la réhabilitation des aérodromes de Labé, Kankan, Faranah et N’Zérékoré.
Une procédure d’attribution qui suscite des interrogations
Selon les éléments transmis au parquet, le ministère des Transports aurait bénéficié d’une dérogation l’autorisant à recourir à une procédure d’entente directe pour sélectionner l’entreprise chargée de réaliser les travaux.
Toutefois, les circonstances dans lesquelles ce marché a été attribué soulèveraient plusieurs interrogations. L’ANLC-PBG signale notamment des anomalies présumées dans le processus de mise en concurrence, ainsi que des incohérences concernant certaines offres présentées comme concurrentes.
La dénonciation fait également état de possibles violations de plusieurs dispositions du Code des marchés publics. Ces éléments devront être examinés par les enquêteurs afin de déterminer si les règles applicables ont été respectées tout au long de la procédure.
Un autre point concerne les déclarations de la personne responsable des marchés publics, Cécé Paul Lamah. D’après les informations rapportées dans le dossier, celui-ci aurait initialement indiqué avoir participé aux travaux de la commission d’évaluation en qualité de simple membre. Il aurait cependant signé le rapport d’évaluation en tant que président de cette commission.
Cette divergence entre les déclarations rapportées et la qualité mentionnée sur le document constitue l’un des points sur lesquels les investigations pourraient porter.
Les compétences de l’entreprise adjudicataire mises en question
Au-delà des conditions d’attribution, la dénonciation soulève des interrogations sur les capacités techniques de TMH SARL à conduire des travaux de cette nature.
Selon l’ANLC-PBG, l’entreprise ne disposerait pas d’une expérience avérée dans la construction ou la réhabilitation d’infrastructures aéroportuaires. Un élément qui pourrait peser dans l’appréciation des conditions de sélection de l’adjudicataire, sous réserve des vérifications à effectuer.
L’agence s’interroge également sur le recours à la procédure d’entente directe. Le caractère urgent des travaux, invoqué pour justifier cette dérogation, ne serait pas suffisamment établi au regard des éléments présentés dans la dénonciation.
La question de la justification de cette procédure exceptionnelle figure ainsi parmi les aspects que les enquêteurs devront approfondir.
Une avance de 11 millions de dollars au centre des vérifications
Les modalités financières du marché constituent un autre volet important du dossier.
D’après les informations communiquées au parquet, une avance de démarrage représentant 20 % du montant du contrat, soit environ 11 millions de dollars américains, aurait été versée à l’entreprise par virement bancaire.
Cette opération soulèverait des interrogations, les modalités de paiement initialement prévues dans le contrat étant présentées comme différentes de celles finalement appliquées.
Un avenant aurait ensuite été conclu plusieurs semaines après le versement afin d’élargir les mécanismes de paiement autorisés.
Les investigations devront notamment permettre de vérifier les conditions dans lesquelles cette avance a été débloquée, la conformité des paiements aux dispositions contractuelles et la régularité des modifications apportées au contrat.
Des retards dans l’exécution des travaux
L’enquête ne se limitera pas à la phase d’attribution du marché. Elle devra également examiner les conditions d’exécution des travaux sur les quatre sites concernés.
Selon la dénonciation de l’ANLC-PBG, le chantier aurait accusé des retards importants. L’entreprise adjudicataire aurait notamment évoqué des difficultés liées aux conditions climatiques, aux contraintes topographiques et à des problèmes administratifs.
Cependant, les taux d’avancement communiqués par le représentant de TMH SARL seraient contestés au regard des observations effectuées sur le terrain par les antennes régionales de l’agence anticorruption.
L’écart éventuel entre les niveaux d’exécution annoncés et les constats réalisés sur les différents sites constitue donc un autre point à vérifier.
Le dossier transmis au parquet mentionne par ailleurs des interrogations concernant certaines études techniques et environnementales réalisées antérieurement. Les enquêteurs devront déterminer si ces études présentaient des ambiguïtés susceptibles d’avoir influencé la préparation ou la conduite du projet.
Plusieurs responsables et structures appelés à être entendus
Pour établir les faits et identifier les éventuelles responsabilités, le procureur spécial a demandé à l’ORDEF de procéder à l’audition de plusieurs personnes impliquées dans le dossier.
Parmi les personnalités citées figure Fatoumata Binta Barry, ancienne cheffe de cabinet du ministère des Transports, présentée dans la dénonciation comme une actrice majeure du projet.
Le parquet demande également des vérifications auprès de plusieurs structures publiques et privées. Il s’agit notamment du Trésor public, de la Direction générale du contrôle des marchés publics et de l’Administration et contrôle des grands projets.
Le bureau d’études concerné ainsi que les entreprises ayant participé à la procédure d’attribution, ou ayant été associées à celle-ci, figurent également parmi les entités dont les interventions pourraient être examinées.
Ces démarches devraient permettre aux enquêteurs de reconstituer les différentes étapes du marché, depuis le choix de la procédure de passation jusqu’au décaissement des fonds et à l’état réel d’avancement des travaux.
Une enquête pour établir les responsabilités
L’ouverture de cette enquête préliminaire marque une nouvelle étape dans l’examen des conditions de gestion du marché de réhabilitation des quatre aérodromes régionaux.
À ce stade, les éléments évoqués correspondent à des faits dénoncés et à des irrégularités présumées qui restent à vérifier. Les investigations de l’ORDEF devront permettre de déterminer si des infractions ont effectivement été commises et, le cas échéant, d’identifier les personnes susceptibles d’en répondre devant la justice.
L’enjeu est de faire la lumière sur la régularité de l’attribution du marché, la gestion des paiements et l’exécution des travaux financés dans le cadre de ce projet d’infrastructures aéroportuaires.
À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas de conclure à l’existence d’infractions établies. Les responsabilités éventuelles devront être déterminées à l’issue des investigations, dans le respect de la présomption d’innocence.
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