Des militaires et des gendarmes, officiers et sous-officiers, ont comparu jeudi dernier, devant la Cour d’appel de Conakry, en audience criminelle. Il s’agit du Commandant Pascal Zomy Camara, du sous-lieutenant Souleymane Sylla, alias Patronat, du Maréchal des logis-chef (Margis-chef) Lakpo Camara, de l’adjudant Pékoula Maxime Gbamy. Ils sont poursuivis pour des faits d’attentat, de complot, d’assassinat, de désertion, de participation à un mouvement insurrectionnel, d’association de malfaiteurs, de détention illégale d’armes, et d’utilisation illicite d’armes de guerre, a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.
Interpellés en 2020, ils ont été placés sous mandat de dépôt seulement le 21 avril 2024. Dans cette affaire, il s’agit d’un mouvement armé qui a eu lieu au camp Alpha Yaya Diallo le 20 mars 2020. Mouvement au cours duquel le commandant Pascal Zomy Camara « a tiré deux coups de sommation », pour dit-il « alerter toute l’armée guinéenne » sur le Référendum pour le 3ème mandat du professeur Alpha Condé. C’est après cet évènement malheureux, qui avait coûté la vie à 3 personnes dont le Colonel Cissé, que ces accusés ont été mis aux arrêts.
Après avoir été jugés devant le tribunal militaire permanent de Conakry, ces officiers ont été déclarés coupables des faits mis à leur charge. A cet effet, ils ont été condamnés à des peines qui oscillent entre 5 et 20 ans de réclusion criminelle. C’est la raison pour laquelle ils ont saisi la cour d’appel pour demander à cette juridiction supérieure de revoir leurs peines.
A l’audience du jeudi 7 novembre 2024, les quatre accusés ont, à tour de rôle, fait leur déposition devant la cour d’appel.
Le commandant Pascal Zomy Camara, considéré comme le leader du mouvement insurrectionnel du 20 mars 2020, et qui a écopé de 10 ans de réclusion criminelle, a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de faire un coup d’Etat. Il a tout de même reconnu avoir tiré deux coups de feu au camp Alpha Yaya Diallo. L’officier va demander pardon à la famille de feu Colonel Cissé, à ses coaccusés, à l’armée guinéenne et à tout le peuple de Guinée. « Je ne peux pas faire un coup d’Etat, mais je reconnais avoir tiré deux coups de sommation au camp Alpha Yaya Diallo lors du rassemblement général. Dans la journée du 20 mars 2020, j’ai fait deux tirs de sommation au camp Alpha Yaya Diallo pour alerter. Ils ont demandé qui a fait ça ? J’ai dit que c’est moi Pascal qui ai tiré. J’ai tiré pour alerter une situation. J’ai tiré pour éviter un bain de sang. En ce moment, il y avait des tensions à Conakry avec l’apparition des mouvements du FNDC contre le 3ème mandat. Il y avait des tensions sociales. Il y avait la naissance de mouvements contre le référendum. Les femmes avaient dit qu’elles allaient marcher le 21 mars 2020. Comme il y avait trop de tensions, moi, je voulais alerter toute l’armée guinéenne par rapport à cette situation. Parce que ça n’allait pas… Je voulais dire à l’armée d’aller bras ballants, rencontrer le professeur Alpha Condé au Palais pour abaisser la situation. J’avais voulu qu’Alpha Condé soit un héros. Donc, en rassemblement général j’ai tiré les deux coups de sommation. C’était pour dissuader le professeur Alpha Condé de faire le référendum. S’il n’y avait pas eu d’incompréhension, je serais applaudi. Parce que moi, je voulais voir Alpha Condé, ancien président de la République, vivant et libre de tous ses mouvements. Parce que le 5 septembre 2021, tout le monde a applaudi… Lorsque j’ai donné les deux tirs au camp, il n’y a pas eu d’échanges de tirs. Il y a eu 3 morts, dont le colonel Cissé. Mais ce n’est pas dans le camp. Je ne sais pas qui a tiré sur eux. Moi, j’ai tiré en l’air. Ces tirs n’étaient pas commandités par la hiérarchie. Je demande pardon à la famille Cissé, je demande pardon à l’armée guinéenne, je demande pardon à mes coaccusés, je demande pardon à tout le peuple de Guinée. Je demande la réduction de la peine. Si je n’avais pas tiré, cela n’allait pas arriver. Je demande pardon », a dit le commandant Pascal Zomy Camara.
De son côté, le lieutenant Souleymane Sylla, alias Patronat, condamné à 20 ans de réclusion criminelle, a expliqué les circonstances dans lesquelles le Colonel Cissé a trouvé la mort. « Moi, je ne peux pas dire que je ne suis pas informé de ce mouvement. J’étais informé de ce mouvement. Mais pourquoi on m’a condamné à 20 ans ? C’est Pascal Zomy Camara qui a dit que c’est moi qui ai tué Colonel Cissé. Je ne mérite pas cette peine. Le 20 mars, j’étais aux îles de Loos. Je n’étais pas à Conakry. Ibrahima Sylla m’a appelé pour me dire que le mouvement au camp, c’est le vendredi 20 mars 2020. Je lui ai dit que je suis aux îles de Loos. J’ai quitté les îles, je suis venu dans le cadre de faire le mouvement. Faire le coup d’Etat. A mon arrivée, j’ai trouvé qu’ils sont déjà passés à l’acte au camp Alpha Yaya Diallo. Nous sommes allés à Kountia pour tenir une réunion au domicile du commandant Pascal. Parce que le commandant Pascal était déjà arrêté au camp après le mouvement. C’était lui le leader. Quand nous sommes allés chez lui pour faire la réunion sur les lieux, c’est Duo seulement qui était armé. On n’a même pas commencé notre réunion, on a vu venir le groupe du Colonel Cissé, il était devant. Il a dit, les voici, tuez-les ! Dès qu’il a dit ça, automatiquement, on l’a vu tomber sur le champ. Duo qui avait l’arme n’a pas tiré. C’est Duo lui-même qui a dit, Eh, ils ont tiré sur le colonel. Mais le colonel Cissé a été tiré par un de ses éléments. Quand il a été touché, tous ses éléments ont fui. Ils ont laissé le corps et leur véhicule sur place pour prendre la fuite. Là où il était couché, je suis venu m’approcher du corps, j’ai vu qu’il a été touché au dos. La balle est rentrée par le dos. Ça, c’est la vérité. Je ne sais pas qui a tiré sur Colonel Cissé mais, c’est un de ses éléments qui a tiré sur lui », a-t-il déclaré.
Pour sa part, le Margis-chef Lakpo Camara, qui a écopé de 5 ans de réclusion criminelle, a dit être dans un profond regret. « Je demande pardon à la cour. Aujourd’hui, ma famille est dispersée. Je suis dans un profond regret. Je ne suis pas une mauvaise personne. J’ai l’amour de ce pays. Le 20 mars 2020, on m’a fait embarquer dans leur véhicule. J’ai été forcé. Ils m’ont trouvé arrêté au bord de la route, ils m’ont tapé avec une queue de vache munie de cauris. Je les ai suivis comme ça. J’ai eu peur. C’est cette peur qui m’a conduit aujourd’hui devant vous. En cours de route, ils m’ont demandé d’aller acheter de l’eau dans l’embouteillage. J’ai profité de la situation pour prendre la tangente. Le commandant Pascal est là, je n’ai pas été au camp. Il peut témoigner. Mais, je me suis absenté au travail. Les événements ont eu lieu le 20 mars 2022 et on m’a interpellé au mois de mai. Je regrette et je demande la réduction de la peine », a-t-il dit.
Sur la même lancée, l’Adjudant Pékoula Maxime Gbamy, qui a écopé également 5 ans de réclusion criminelle, a expliqué comment il s’est retrouvé dans cette situation avant de demander la clémence de la cour. « Le commandant Pascal est venu me trouver. Il s’est confié à moi. Il m’a parlé de ce mouvement qui est en préparation. Il m’a dit que si ça ne va pas, il va prendre le pouvoir. Le 20 mars, j’étais au camp Alpha Yaya Diallo. Ce jour, je n’avais pas d’arme, mais j’étais en tenue. Je n’étais pas animé d’une volonté de renverser le pouvoir. J’ai été interpellé le 2 juin 2024. Je demande pardon et je vous demande de réduire ma peine », a-t-il lancé.
C’est dans ce climat que la cour a renvoyé l’affaire au 28 novembre 2024 pour la suite des et éventuellement la tenue des réquisitions et plaidoiries.
Source: Guineematin