Journée africaine du CRVS 2025 : un appel à renforcer l’enregistrement des faits d’état civil comme socle de l’identité numérique

L’Afrique célèbre ce samedi la 8e édition de la Journée de l’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil (CRVS). Instituée en 2018 par la 32e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, cette journée vise à sensibiliser à l’importance de systèmes CRVS performants pour garantir l’identité juridique de tous les citoyens.
Thème 2025 : « L’enregistrement des faits d’état civil comme fondement des infrastructures publiques numériques et des systèmes d’identité juridique numérique en Afrique ». Ce thème met en lumière le rôle stratégique du CRVS dans la construction d’écosystèmes numériques inclusifs, fiables et sécurisés.Un engagement continental contre « le scandale de l’invisibilité »

Depuis huit ans, les États africains réaffirment leur volonté de lutter contre « le scandale de l’invisibilité » qui prive encore des millions de personnes de droits fondamentaux en l’absence d’enregistrement à l’état civil. L’objectif reste l’universalisation de l’enregistrement de tous les faits d’état civil (naissance, décès, mariage, etc.).

La commémoration de cette journée intervient également à un moment symbolique, puisqu’elle marque le 15e anniversaire du Programme pour l’amélioration accélérée de l’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil en Afrique (APAI-CRVS), lancé lors de la conférence ministérielle d’Addis-Abeba en 2010.

La vision du programme, « Tous visibles en Afrique », demeure plus pertinente que jamais. L’APAI-CRVS vise à établir des systèmes interopérables et numériques pour garantir l’identité juridique dès la naissance, améliorer la prestation des services publics et fonder les politiques publiques sur des données fiables.

Des progrès, mais des défis persistants

Malgré des avancées notables dans certains pays, les systèmes CRVS en Afrique restent insuffisamment développés. Plusieurs obstacles freinent encore leur efficacité : coordination institutionnelle défaillante, cadres juridiques obsolètes, sous-financement chronique, instabilité politique et faible interopérabilité avec les systèmes d’identification, de santé ou de protection sociale.

Lors d’une récente réunion en Guinée équatoriale, les experts africains de l’état civil ont appelé à accélérer la transformation des systèmes CRVS, en s’appuyant sur trois leviers majeurs : interopérabilité, décentralisation et numérisation.

CRVS et transformation numérique : une synergie nécessaire

Le thème de cette année souligne le lien essentiel entre l’enregistrement des faits d’état civil et les infrastructures publiques numériques (IPN). Ces dernières nécessitent des données d’identité fiables pour permettre l’émergence de systèmes d’identité juridique numériques interopérables entre les secteurs. Les CRVS deviennent ainsi une brique centrale de la stratégie numérique des États.

La mise en œuvre de la cible 16.9 des Objectifs de développement durable (ODD), qui vise à garantir une identité juridique pour tous, y compris l’enregistrement des naissances d’ici 2030, dépend en grande partie de la solidité des CRVS.

Appel à l’action pour les gouvernements et les partenaires

À l’occasion de cette Journée africaine du CRVS, les gouvernements et partenaires techniques et financiers sont invités à :

• Réaffirmer le rôle stratégique du CRVS dans les politiques nationales de transformation numérique ;

• Investir dans des systèmes CRVS numériques, inclusifs et interopérables ;

• Mettre en place des cadres juridiques robustes et des politiques de protection des données personnelles ;

• Intégrer les CRVS avec les systèmes de gestion de l’identité, de santé et de protection sociale ;

• Garantir un financement national durable pour soutenir leur transformation ;

• Soutenir les mécanismes de gouvernance régionale, comme la Conférence ministérielle sur le CRVS.

Vers un avenir numérique inclusif

Alors que les pays africains s’engagent à rendre « tous visibles en Afrique », cette journée constitue un appel fort à l’action collective. Gouvernements, institutions régionales, bailleurs et société civile sont invités à unir leurs efforts pour que personne ne soit laissé pour compte dans le futur numérique du continent.

Daouda Yansané

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