Bénin : une alternance saluée, mais des zones d’ombre persistantes
À plusieurs reprises, le chef de l’État avait affirmé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Fidèle à cet engagement, il n’a jamais cherché à revenir sur sa parole, y compris dans un contexte sécuritaire marqué par des attaques terroristes. Une posture qui contraste avec celle d’autres dirigeants du continent, à l’image de Alassane Dramane Ouattara, qui avait exclu publiquement un troisième mandat avant de se représenter. Aujourd’hui, « ADO » est en exercice pour un quatrième mandat, malgré les critiques liées à son âge et à son état de santé.
Dans d’autres pays, la limitation des mandats continue de susciter des tensions. En République centrafricaine, le président Faustin-Archange Touadéra a été élu pour un troisième mandat après une révision constitutionnelle. En République démocratique du Congo, des velléités de réforme émergent pour permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir, bien que celui-ci reste pour l’instant silencieux. Au Sénégal, la pression de la société civile et des acteurs politiques a contribué à contenir toute tentative de prolongation du mandat de Macky Sall.
Ce tour d’horizon montre que l’inscription de la limitation des mandats dans une Constitution ne suffit pas à garantir son respect. Encore faut-il une volonté politique réelle, des contre-pouvoirs solides et un engagement citoyen fort pour préserver les acquis démocratiques. À défaut, certains dirigeants trouvent des moyens juridiques ou politiques pour se maintenir au pouvoir, souvent avec le soutien de partisans et d’experts acquis à leur cause.
Dans ce contexte, le choix de Patrice Talon mérite d’être salué. Il rejoint ainsi l’exemple de Mahamadou Issoufou, qui avait lui aussi respecté la limitation des mandats, favorisant une alternance démocratique qui lui a valu le prix Mo Ibrahim, malgré les évolutions politiques ultérieures dans son pays.
Cependant, l’analyse de cette transition au Bénin révèle également des zones d’ombre. Le « dauphin » de Patrice Talon a été élu avec un score écrasant d’au moins 94 % des voix, en l’absence d’une opposition véritablement compétitive. Si la victoire du camp au pouvoir semblait probable au regard de son bilan économique, un tel score interroge dans un pays historiquement considéré comme un modèle démocratique.
Certains observateurs estiment que le président sortant a, au fil de ses deux mandats, fortement restreint l’espace politique et civique, transformant progressivement le Bénin en une démocratie illibérale. Arrestations d’opposants, restrictions des libertés et adoption de lois électorales par un Parlement dominé par le pouvoir ont contribué à marginaliser une partie de la classe politique.
En pratique, les règles démocratiques ont été utilisées pour encadrer, voire limiter, la compétition politique. Ce phénomène, souvent qualifié de « démocratie électorale », se caractérise par la tenue régulière d’élections dans un contexte de restriction des libertés et d’affaiblissement des contre-pouvoirs.
Cette dérive constitue l’un des principaux défis des démocraties contemporaines : l’usage des instruments démocratiques — élections et votes parlementaires — pour en réduire la portée. La Tunisie, sous la présidence de Kaïs Saïed, illustre également cette tendance.
Ainsi, la démocratie ne peut se limiter à l’organisation d’élections. Celles-ci, bien que nécessaires, ne suffisent pas toujours à garantir une véritable expression de la volonté populaire, notamment lorsque les conditions d’une compétition libre et équitable ne sont pas réunies.
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