Guinée : 55 projets financés par des prêts extérieurs, 30 affichent un taux de décaissement inférieur à 10 %
Alors que la Guinée multiplie les accords de financement avec ses partenaires techniques et financiers, la capacité d’absorption de ces ressources soulève de sérieuses préoccupations. Sur un portefeuille de 55 projets représentant 4,45 milliards de dollars américains, près de 30 affichent un taux de décaissement inférieur à 10 %. Une situation qui interpelle l’Assemblée nationale et remet au centre du débat la question de l’efficacité de l’endettement extérieur.
La multiplication des accords de prêts extérieurs en Guinée contraste de plus en plus avec les difficultés constatées dans l’exécution des projets qu’ils sont censés financer. Si les autorités mettent régulièrement en avant la mobilisation de ressources auprès des partenaires financiers pour soutenir le développement du pays, les résultats enregistrés sur le terrain soulèvent des interrogations.
Au sein de l’Assemblée nationale, cette problématique commence à prendre une place importante dans les débats budgétaires. Et pour cause : derrière les montants considérables annoncés au titre des financements extérieurs se cachent des retards d’exécution et une faible capacité de décaissement qui pourraient coûter cher aux finances publiques.
Lors de l’examen et de l’adoption du volet recettes du projet de loi de finances pour l’exercice 2026, le samedi 31 octobre 2026, l’honorable Fabara Koné, rapporteur de la commission des Finances, a présenté des chiffres particulièrement préoccupants concernant les prêts contractés depuis le 5 septembre 2021.
Selon les données communiquées à cette occasion, la Guinée dispose d’un portefeuille de 55 projets financés sur ressources extérieures, pour un montant global de 4,45 milliards de dollars américains. Pourtant, seulement 1,055 milliard de dollars a effectivement été décaissé.
Plus inquiétant encore, 30 de ces 55 projets affichent un taux de décaissement inférieur à 10 %. Parmi eux, 19 n’ont enregistré aucun décaissement à ce jour. Autrement dit, des financements ont été mobilisés, des conventions signées, mais plusieurs projets peinent encore à entrer véritablement dans leur phase d’exécution.
Des prêts mobilisés, mais des projets qui tardent à démarrer
Cette situation met en évidence un paradoxe préoccupant dans la gestion des investissements publics en Guinée : le pays mobilise des ressources importantes à l’extérieur, mais rencontre des difficultés à les transformer en réalisations concrètes au bénéfice des populations.
Or, les prêts extérieurs sont généralement destinés à financer des infrastructures, des équipements publics et des programmes structurants dans des secteurs essentiels au développement national.
Le problème ne se limite donc pas aux retards enregistrés dans l’exécution des projets. Il concerne également le coût financier de ces lenteurs. En effet, certaines conventions de financement prévoient le paiement de commissions d’engagement sur les montants non encore décaissés.
Une telle disposition pourrait contraindre l’État guinéen à supporter des charges financières sur des ressources qu’il n’a pas encore effectivement utilisées.
En clair, le pays risque de payer pour des financements qui, faute d’une exécution rapide des projets, ne produisent pas encore les retombées économiques et sociales attendues.
L’Assemblée nationale hausse le ton et interpelle le gouvernement
Face à ces insuffisances, la commission des Finances de l’Assemblée nationale n’a pas voulu passer sous silence la situation. Dans ses recommandations, notamment au point 22 consacré à l’exécution des prêts contractés depuis le 5 septembre 2021, elle invite le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour débloquer les projets concernés.
La priorité doit être accordée aux 19 projets n’ayant enregistré aucun décaissement ainsi qu’aux 11 autres dont le niveau de décaissement reste inférieur à 10 %.
Pour sortir de cette situation, la commission recommande notamment l’élaboration d’un calendrier précis de décaissement et d’exécution pour chacun des projets concernés.
Ce dispositif devrait comporter des échéances clairement définies, des objectifs mesurables ainsi qu’une identification précise des responsabilités des différents départements ministériels et des unités de gestion des projets.
La commission demande également une évaluation des commissions d’engagement éventuellement supportées par l’État au titre des financements non décaissés. Elle préconise, par ailleurs, la mise en place d’un mécanisme de suivi régulier permettant de contrôler le respect des calendriers établis et de communiquer périodiquement les résultats à l’Assemblée nationale.
La ratification des prêts doit-elle être davantage encadrée ?
Au-delà des chiffres, cette situation pose une question fondamentale sur la politique d’endettement extérieur de la Guinée : à quoi sert-il de multiplier les accords de financement si les projets correspondants ne parviennent pas à être exécutés dans des délais raisonnables ?
La mobilisation des ressources financières auprès des partenaires internationaux constitue certes un instrument important de développement. Mais elle ne saurait être considérée comme une performance en soi. La véritable mesure du succès réside dans la capacité de l’État à transformer ces financements en infrastructures, en services publics et en améliorations concrètes des conditions de vie des citoyens.
Dans ce contexte, le rôle des députés ne devrait pas se limiter à l’examen et à la ratification successive des accords de prêts. Leur responsabilité implique également un contrôle rigoureux de l’utilisation des ressources empruntées, de l’état d’avancement des projets et des engagements financiers qui en découlent.
La ratification d’un prêt devrait ainsi s’accompagner d’une attention particulière à la maturité du projet, aux conditions de décaissement, aux capacités institutionnelles d’exécution et aux mécanismes de suivi.
Car, au bout du compte, ce sont les finances publiques et les générations futures qui devront supporter le poids de la dette contractée au nom du développement national.
Avec 55 projets représentant 4,45 milliards de dollars, dont 19 sans le moindre décaissement, le signal d’alerte est suffisamment sérieux pour interpeller les pouvoirs publics. La Guinée a-t-elle besoin de multiplier les emprunts ou doit-elle d’abord améliorer sa capacité à utiliser efficacement ceux déjà obtenus ? Une question à laquelle les autorités, mais aussi les députés chargés de contrôler l’action gouvernementale, devront apporter des réponses concrètes.
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